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étude

l'autogestion hier et aujourd'hui, que reste-t-il de nos amours ?

la démocratie participative dans les pas de l'autogestion ?

en partenariat avec l'ADELS

avec le soutien de l'association "les Amis de Tribune Socialiste"

rapport intermédiaire décembre 2008

 

TABLE DES MATIERES

Sommaire

présentation 

1. l'autogestion 

1.1. définitions

1.2. historique 4

1.3. l'autogestion, utopie ou (et) mythe ?

2.la participation 

2.1.définition et histoire

2.2.pourquoi une loi ? 

2.3.que fait-on dans les instances participatives ?

2.4.la participation, ravalement de façade de la démocratie ?

Brève conclusion

présentation

Au début de l'année 2008, la proximité du 40ème anniversaire de mai 68 n'y étant pas pour rien, des militants ex PSU ou CFDT se sont retrouvés pour échanger de l'actualité politique. Un moment l'un d'entre eux a posé cette question : "l'autogestion a pratiquement disparu du discours politique, vous savez pourquoi ?" Silence abyssal de quelques instants… et jaillissement de la parole genre brainstorming dont on retiendra :

-certains courants politiques évoquent encore l'autogestion, comme "les Alternatifs Rouge et Vert" où l'on retrouve des anciens du PSU, comme aussi différents mouvements Libertaires

-la gauche de "gouvernance" a, semble-t-il, abandonné le concept : le PS, les Verts n'en parlent plus, le PCF l'évoque de temps en temps mais non comme un projet de société

-il existe encore de nos jours des pratiques autogestionnaires, par exemple dans des SCOP, des associations, des mouvements sociaux …

-aujourd'hui, on parle de démocratie locale, participative, de citoyenneté … Ces idées, ces pratiques, s'inscrivent-elles dans les pas de l'autogestion ? Et si oui en quoi ?

De là est née l'idée d'approfondir cette question :

"l'autogestion hier et aujourd'hui, que reste-t-il de nos amours ?"

Mais comment faire ? De manière autogestionnaire bien sûr … tout en faisant appel à quelques connaissances susceptibles d'apporter leur appui "d'experts". Parmi celles-ci, l'ADELS, dont on connaissait quelques éminents fondateurs autogestionnaires, a été sollicitée. Cette association s'est dite intéressée par le sujet et a bien voulu être considérée comme partenaire facilitateur de contacts et de communication, celle-ci pouvant aller éventuellement jusqu'à l'édition.

 

 

"D'un côté le débat et le combat pour l'autogestion ont disparu de la scène publique où le mot n'est pratiquement plus utilisé. D'un autre, le débat civique s'ordonne depuis plusieurs années autour des thèmes de la crise de la démocratie représentative et de la nécessité, pour y faire face, de développer une citoyenneté active, une démocratie participative. (…) Comment rendre compte du paradoxe de cette disparition apparente du thème autogestionnaire, mais d'une vitalité souterraine qui continuerait de structurer notre débat contemporain ?" Patrick Viveret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. l'autogestion

1.1. définitions

il n'est pas aisé de donner une définition claire de l'autogestion parce qu'on ne sait pas toujours très bien si l'on parle d'un projet politique de société ou bien de pratiques. Pour l'instant on fait deux propositions :

  • la plus simple qui soit : gérer soi-même

  • une plus complexe : organisation sociale et économique de la société favorable à la gestion directe non hiérarchisée de structures de travail, d'habitat, d'éducation, etc., par les hommes et les femmes impliqués directement dans ces structures et en fonction de leurs besoins fondamentaux.

Cette définition sera développée tout au long de cette étude.

1.2. historique

Sans plonger dans la nuit des temps, sinon on pourrait alors remonter à l'Agora de la Grèce antique, voire à la révolte des esclaves romains conduite par Spartacus en -73, on s'intéresse à des moments de l'histoire des 19ème et 20ème S., où l'autogestion a trouvé, nous semble-t-il, ses principaux fondements. Nos propres histoires ont pu aussi croiser les évènements du 20ème Siècle.

  1.  

L'Association Internationale des Travailleurs (AIT) ou 1ère Internationale (fondée en1864), dont les principaux leaders sont Pierre-Joseph PROUDHON (originaire de Besançon), courant "mutualiste" et Michel BAKOUNINE, courant "collectiviste". Les statuts5de cette association, rédigés par Karl MARX, précisent que "l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes". Tout au long de sa relative courte existence (fin en 1876), l'AIT a été traversée par de longs débats à propos de :

la suppression ou non du salariat, du droit d'héritage
la place de l'État dans le socialisme
la manière de conquérir le pouvoir par l'auto organisation des forces prolétariennes ou par une avant-garde révolutionnaire instituant temporairement la dictature du prolétariat


Ces questions, parmi d'autres, seront reprises dans la pensée autogestionnaire du 20ème siècle.

la Commune de Paris 1871 , en 72 jours, a généré des pratiques autogestionnaires tant dans la conquête du pouvoir que dans son exercice par le peuple. On peut les caractériser par :

-lutte armée pour s'opposer d'une part à l'envahisseur prussien, d'autre part à une partie de l'armée française restée fidèle au gouvernement français (Thiers) réfugié à Versailles. Deux figures marquantes de cette lutte : Louis-Auguste BLANQUI qui, bien qu'étant en prison à cette époque, a certainement eu une influence idéologique prépondérante chez les communards et Louis ROUSSEL, transfuge de l'armée française, nommée ministre de la guerre et chargé d'organiser la défense de Paris, non sans mal d'ailleurs, bon nombre de communards refusant de prendre les armes

-mise en place de structures économiques et sociales démocratiques, égalitaires et non discriminantes

-rôle important des femmes dans la lutte

-insistance mise sur l'entraide, l'éducation et la formation avec Louise MICHEL comme figure emblématique.

 

 

L'association des Amis de la Commune de Paris perpétue la mémoire de cet évènement.

Charles Fourier (lui aussi originaire de Besançon) et "les Phalanstères", vie communautaire et de travail fondée sur "l'attraction passionnée", jonction de l'intérêt individuel et de l'intérêt collectif ; source de l'harmonie universelle et d'un nouvel État .

"On commence par dire: cela est impossible pour se dispenser de le tenter, et cela devient impossible, en effet, parce qu'on ne le tente pas".

Fourier a inspiré des communautés de travail comme Longo Maïl dans les Alpes de Hte Provence, ou Boimondau dans la Drôme. On évoquera un peu plus longuement cette dernière dans la partie 20èmeS. l'autogestion en France.

  1. 20ème siècle

Le mot autogestion a eu une existence politique officielle dans plusieurs pays bien avant qu'il n'apparaisse en France, entre autres en Yougoslavie et en Algérie.

En Yougoslavie (République fédérale composée de 6 républiques jusqu'en janvier 1992)

le maréchal TITO apparaît à la fin de la 2ème guerre mondiale comme un véritable sauveur. Il profite de son aura de résistant au nazisme pour s'opposer au stalinisme et rompre avec Moscou en 1948. Staline n'ose pas toucher à ce personnage devenu une véritable figure emblématique internationale.

Tito entreprend alors de grandes réformes et introduit officiellement l'autogestion dans la constitution tout en gardant un Etat très centralisé avec parti unique. En fait l'autogestion concerne exclusivement le monde de l'entreprise dont à l'époque les plus grosses unités de production, ne dépassent pas 700 emplois. De 1950 à 1970, l'autogestion s'est déroulée dans le cadre d'une économie planifiée par l'État.

 

Ce n'est pas une grande réussite et l'économie de marché internationale pousse le pays, à partir de 1970, à s'adapter à cette réalité ; la plupart des entreprises sont progressivement privatisées tout en gardant parfois leur fonctionnement autogestionnaire. La mort de Tito en 1980 amorce une crise très dure et longue conduisant à l'éclatement de la Yougoslavie dans les années 90.

Selon Marie-Geneviève Dezès , Tito, en choisissant l'autogestion, voulait donner un signe fort au monde pour montrer que sa rupture avec le stalinisme allait bien dans le sens d'un socialisme libre, ce qui fut loin d'être le cas. Mais, pendant un temps, cette représentation a fonctionné puisque, à partir des années 60 une partie de la gauche française (PSU, extrême gauche, CFDT…) fait de la Yougoslavie une référence et se rend sur place pour y chercher l'inspiration autogestionnaire. Des organismes de voyages se spécialisent : par exemple "Découverte et cultures" agence réservée aux militants révolutionnaires et surtout ARVEL13(Association de Rencontres, de Voyages, d'Études et de Loisirs) créée à Lyon en 1968 par quelques militants du PSU et de la CFDT et dont la première destination (et unique au début) est la Yougoslavie dans une île où cette association prend même la gestion d'un centre de vacances.

En Yougoslavie un courant critique s'est rapidement développé et s'exprime en particulier dans la revue PRAXIS (interdite en 1975). En France cette critique est relayée par de nombreux militants et intellectuels : Albert MEISTER, Henri LEFEBVRE … Ce qui débouche sur la création du Centre International de coordination des Recherches sur l'autogestion (CICRA) en 1976 dont le siège est fixé à Paris à la Maison des sciences de l'Homme. Le CICRA n'existe plus.

 

 

en Algérie, la guerre d'indépendance a été un tournant pour la gauche française et pour l'autogestion ! Avant la création du PSU en 1960, due en grande partie aux difficultés grandissantes de la SFIO  (le PS actuel) et du PCF à se positionner clairement dans ce conflit qui déchirait le peuple français et le peuple algérien, c'est l'extrême gauche trotskiste de la 4ème Internationale qui, dès 1954, a été la plus active dans le soutien à la révolte du peuple algérien . Selon les courants politiques qui traversaient les trotskistes, le soutien pouvait s'adresser plus au MNA16par le PCI tendance Pierre Lambert ou plus au FLN par le PCI tendance Pierre Frank. Dans le soutien au FLN apparaît, dès 1954, une figure historique de la 4ème Internationale : PABLO ou Michel RAPTIS. C'est Yvan CRÉPEAUqui le met en relation avec le FLN dès 1954. Pablo devient alors l'un des principaux conseillers du FLN. Il est à l'initiative de la création d'une usine clandestine d'armement installée au Maroc.

À l'indépendance en 1962, un certain nombre de militants trotskistes décident de vivre en Algérie comme enseignants, médecins, agriculteurs … Ils sont surnommés "les pieds rouges". Ils croient en la révolution socialiste et aux capacités du peule algérien à se libérer du poids des années de colonisation ; les algériens ont simplement besoin de leur aide pour se former au socialisme. Pablo en fait partie. Il a une entrevue avec Ben Bella qui le convînt "que le projet d’une Algérie socialiste est possible car «la logique d’un développement socialiste de la Révolution est inévitable ». Ben Bella prête d’ailleurs une oreille attentive aux projets de Pablo concernant l’autogestion, qui doit constituer un embryon de contrôle ouvrier et paysan et l’amorce d’un véritable pouvoir prolétarien. Pablo devient alors conseiller de Ben Bella, principalement en ce qui concerne l’autogestion. Il crée l’Union nationale d’animation socialiste, qui élabore les plans pour une évolution vers le socialisme.

 

Il parvient, avec Mohammed Harbi et Hocine Zahouane, à faire adopter en octobre et novembre 1962, puis en mars 1963, des décrets sur l’administration des biens vacants et l’autogestion des entreprises".

Le soutien, dès le début du conflit, des trotskistes au FLN, puis celui de la Nouvelle Gauche et du PSU un peu plus tardivement, ont certainement été efficaces dans des tâches pratiques clandestines (par exemple "les porteurs de valises") jusqu'à l'indépendance. Ensuite, il semblerait que ces organisations soient restées pendant un temps sur l'idée que la conquête révolutionnaire et armée de l'indépendance ne pouvait que déboucher sur le socialisme. Les pratiques non démocratiques du FLN, au nom de la sauvegarde de l'intégrité de la révolution algérienne et du socialisme - avec, par exemple, dissolution dès le début de l'indépendance du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA), refus d'élections libres, interdiction de partis politiques comme le Parti communiste algérien ou le Parti de la Révolution Socialiste - démontraient pourtant le contraire. Le désenchantement fut total en juin1965 avec le coup d'état militaire qui installe Houari Boumediene à la présidence. Les militants trotskistes, encore présents en Algérie, sont alors tous expulsés.

En Algérie, comme en Yougoslavie, l'autogestion fut décrétée par un pouvoir se disant socialiste mais avec des pratiques totalitaires, ce qui paraît déjà assez paradoxal en soi ! Peut-on en effet décréter l'autogestion alors qu'elle devrait être aspiration, mouvement ascendant venant du peuple ? Peut-on imaginer que cette aspiration puisse apparaître et être acceptée par un État imposant son total pouvoir y compris par la force ? Ces pratiques autogestionnaires, aux durées relativement courtes, mais dont certaines semblent avoir correctement fonctionné, auront au moins servi de terrains d'observation pour bon nombre d'organisations politiques et syndicales en particulier françaises.

en France, on continue à chercher quand le mot "autogestion" a fait son apparition explicitement dans le langage politique. En 1964, le philosophe marxiste André GORZ en fait l'aboutissement social des luttes d'émancipation conduisant à l'autonomie individuelle. La pensée autogestionnaire s'est construite à partir des années 60 en puisant dans 3 courants de pensée :

-le marxisme, représenté par des communistes, exclus du PCF pour certains, rejetant le stalinisme et le centralisme démocratique : citons parmi les plus connus Pierre Naville, Yvon Bourdet, Victor Leduc, Serge Depaquit, Yvan Crépeau, André Gorz, Henri Lefebvre … Deux tendances traversent les marxistes : les structuralistes (centralité de la structure et rejet de la subjectivité) et les existentialistes (se libérer de toute aliénation pour atteindre une totale autonomie individuelle). Les élections sont reconnues comme un moyen possible pour arriver au pouvoir, mais le mouvement révolutionnaire n'est cependant pas exclu pour le prendre ; prendre le pouvoir au plus haut niveau étant la première condition pour mettre en place le socialisme autogestionnaire,

-le christianisme progressiste, humanisme éclairé prônant la "révolution douce" (réformer la vie quotidienne), l'influence du personnalisme d'Emmanuel Mounier y est grande. Citons Claude Bourdet (fondateur de l'Observateur, devenu "le Nouvel Observateur"), Gilles Martinet, Henri Desroche (revue Esprit), Pierre Rosanvallon, Albert Meister … C'est "l'autogestion goutte à goutte" évoquée par Daniel Mothé,

-l'anarchisme, le communisme libertaire, militant contre l'autorité sous toutes ses formes.

Plusieurs leaders des 2 premiers courants sont à l'origine en 1966 de la revue AUTOGESTION, qui deviendra AUTOGESTIONS en 1980, ce pluriel signifiant que l'autogestion est plurielle. Après la chute du communisme c'est le courant "humaniste" qui occupe le terrain idéologique, souvent sous l'étiquette "2ème gauche".

Il paraît nécessaire de souligner la grande influence du philosophe marxiste Henri Lefebvre dans la construction du concept. Pour lui c'est dans la quotidienneté qu'il faut chercher à débusquer les rapports de domination du capitalisme, sources d'habitudes "inauthentiques", obstacles majeurs à l'inventivité, à la liberté …, nécessaires au développement de l'autogestion. Celle-ci ne peut être un système établi, elle est mouvement perpétuel. Sa "Critique de la vie quotidienne" en 3 volumes demeure une référence. "Impossible de saisir le quotidien comme tel en l'acceptant, en le «vivant» passivement, sans prendre un recul. Distance critique, contestation, comparaison vont ensemble". Il était professeur de sociologie à Nanterre depuis 1965 quand tout a commencé en 1968 depuis cette Université…

Mai 1968 est la véritable plateforme de lancement du socialisme autogestionnaire.

Ce mouvement, s'il n'a pas pu déboucher politiquement pour différentes raisons qui seront développées, a eu toutefois une influence sociale et culturelle que rien n'a sans doute égalé depuis.

  • La CFDT, très présente dans le mouvement et efficace dans le rapprochement étudiants / travailleurs, adopte le concept dès 1970.

  • Le PSU fait écho à la CFDT et intègre peu à peu l'autogestion dans son projet politique. Son refus en 1972 de participer au Programme commun de la gauche, jugé réformiste, centralisateur et trop gestionnaire , l'amène à faire officiellement du socialisme autogestionnaire son Manifeste, approuvée lors du 8ème congrès en décembre 72 à Toulouse. "L'autogestion, loin d'être pour nous une vague utopie, constitue, au contraire, l'axe politique autour duquel se construira la société socialiste" déclare Michel ROCARD, alors secrétaire national du PSU, lors de ce congrès. Basse manœuvre opportuniste de la part de celui-ci, diront certains ?

Le socialisme autogestionnaire existe désormais au plan politique par la critique radicale de tous les modèles existants : capitalisme bien sûr, mais aussi communisme, centralisme démocratique, social-démocratie.

Années 70, l'amélioration de la qualité du cadre de vie prend de l'ampleur. Devant l'urgence à régler les problèmes du logement, les grands ensembles se sont multipliés le plus souvent sans aucune concertation. Toutefois certaines communes ont cherché à associer habitants, associations, syndicats. Pour de nombreux militants ce fut l'occasion de mettre en avant des pratiques se rapprochant de l'autogestion.

 

Plusieurs expériences seront présentées dont la Ville Neuve à Grenoble et le quartier de la Boissière dit le "quartier rouge" à Morlaix (Finistère). On parlera également du mouvement de "l'Habitat autogéré" qui s'est développé ces années là. Bien qu'antérieur, le mouvement des Castors des années 50-60 sera également évoqué comme une pratique d'inspiration autogestionnaire.

octobre 1971 débute la longue lutte du LARZAC pour s'opposer à l'extension (de 3.000 à 17.000 hectares) du camp militaire décidée par le gouvernement français. Ce mouvement a été innovant dans la manière à la fois autogestionnaire et non violente dont il fut conduit. Il débouche en 1981 par la décision rapide du nouveau Président de la République François Mitterrand de ne pas procéder à l'extension

1973, LIP est un évènement qui fait date et le célèbre "on fabrique, on vend, on se paie !" parcourt le monde. Cette longue lutte demeure un modèle dans la manière autogestionnaire dont elle fut conduite. L'autogestion trouve là son apogée.

LIP et le LARZAC ont beaucoup de points communs et ces deux mouvements se sont fréquemment rencontrés.

Mais 1973, c'est aussi le premier choc pétrolier, et l'entrée dans une longue période de crise où l'emploi devient la préoccupation numéro 1. Cette situation, qui perdure, ô combien, provoque bien des replis, c'est-à-dire tout le contraire de ce qui pourrait créer du mouvement vers l'autogestion.

C'est également la parution de "l'Archipel du Goulag" de Soljenitsyne et la prise en compte, enfin, d'une réalité insupportable du monde communiste qui ne s'en remettra pas ; et le marxisme, identifié à la barbarie par certains "nouveaux philosophes", va en subir les conséquences.

 

En 1974, les Assises du socialisme sont l'occasion pour les rocardiens (la 2ème gauche) de quitter le PSU pour le PS avec la ferme intention d'influer et de transformer celui-ci. Mais ils se heurtent à la personnalité de François Mitterrand qui a tout autant d'ambition et se dit "agacé" par la référence constante des rocardiens à l'autogestion. Ceux-ci réussissent malgré tout à faire adopter par une convention nationale en 1975 "15 thèses sur l'autogestion", mises en forme par Gilles MARTINET. Notons toutefois que le PS ne fera jamais de l'autogestion un concept de propagande.

Le Parti Communiste Français a longtemps considéré l'autogestion comme un mot vide de sens. Il l'adopte cependant du bout des lèvres à partir de 1978. Son programme électoral de 2007 y fait encore allusion : "Fonder une 6ème République solidaire, démocratique, laïque et autogestionnaire. Le programme des communistes : donner le pouvoir aux citoyens et aux salariés, dans la cité et l'entreprise".

L'arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 va, paradoxalement, sonner le glas du socialisme autogestionnaire. F. Mitterrand estimr que la conquête rapide du pouvoir de l'État passe par l'acceptation des institutions de la 5ème République, pourtant décriées en d'autres temps. Cela lui réussit et finalement il semble que ces institutions lui conviennent et il n'est plus question de nouvelle Constitution, considérant sans doute qu'il y a plus urgent à faire. Il entreprend rapidement de grandes réformes, celles qui concernent le plus le sujet de cette étude sont :

  • les lois Auroux pour transformer les relations dans le monde du travail ; les travailleurs doivent être acteurs du changement, avec deux idées clés : l'extension de la citoyenneté dans l'entreprise et le développement des initiatives collectives : "promouvoir une démocratie économique fondée sur de nouvelles relations du travail (…) et sur l'élargissement du droits des travailleurs", Jean AUROUX, dans son rapport introductif. L'étude examinera où en sont ces lois dans leur application.

  • les lois sur la décentralisation pour rapprocher des citoyens les lieux d'exercice des pouvoirs : loi Deferre en 1982, "véritable coquille vide"en matière de participation des citoyens ; loi Joxe en 92 sur l'information des habitants, loi Voynet en 99. Ces différentes lois définissent des cadres institutionnels pour renforcer le pouvoir des élus locaux dans les communes, les départements et les régions. Mais qu'en est-il exactement du pouvoir par le peuple ?

Aux yeux des autogestionnaires, ces lois de 82 sont loin d'être satisfaisantes. Les lois Auroux ? "le droit de donner son avis sur la couleur des moquettes à changer" ! dit avec humour Victor FAY  qui a intégré le PS avec l'espoir d'exercer une influence de l'intérieur. Les lois sur la décentralisation ? "s'intéressent plus à donner du pouvoir aux élus qu'au peuple" !

Victor FAY est à l'origine de la création du "Collectif autogestion" en 1981 afin d'œuvrer à "l'extension de la démocratisation dans l'entreprise et dans la commune"Ce collectif lance un appel au gouvernement et aux parlementaires de gauche et va même jusqu'à élaborer 2 propositions de lois portant sur "la création de conseils d'atelier, de bureau et de service" et pour "l'extension de la démocratie dans la commune"

1983 : la gauche de gouvernance, avec l'exercice du pouvoir, prend conscience de la très difficile articulation de la politique nationale avec l'économie de marché qui se mondialise de plus en plus. Et la question récurrente du chômage est loin d'être solutionnée … La conjoncture n'est pas donc pas favorable au développement d'idées autogestionnaires. L'entreprise de déconstruction du concept continue inexorablement : la CFDT se recentre et le PSU se prépare lentement à disparaître …

Après ce rapide survol historique, on peut se demander pourquoi le socialisme autogestionnaire n'a pas réussi à s'imposer comme projet politique crédible.

 

1.3. l'autogestion, utopie ou (et) mythe ?

Pour la clarté du propos, il est nécessaire de bien distinguer deux approches : l'autogestion en tant que pratique et l'autogestion attachée au socialisme en tant que projet politique.

L'autogestion comme pratique est bien réelle. Il y a eu, il y a et il y aura encore de multiples expériences s'y référant. Boimondau, Longo Maï, LIP, ont déjà été évoquées, d'autres le seront, mais leur addition ne conduit pas pour autant à une société autogestionnaire. Mai 68, sans doute l'un des plus grands évènements d'émancipation populaire de l'histoire française, a débouché sur une retentissante victoire de la droite aux élections législatives qui ont suivi marquant ainsi le retour à l'ordre, la liberté ferait-elle peur ?

L'autogestion comme projet politique global n'a jamais vraiment débouché. Dans les pays où il y a eu des amorces voulues par le pouvoir en place et dans la dynamique de luttes abouties : résistance au nazisme en Yougoslavie, indépendance en Algérie, révolution des œillets au Portugal … , l'expérience n'a pu être pérenne. Et aujourd'hui qui ose vraiment encore en parler comme projet de société possible ?

Robert CHAPUIS, en décembre 1971, déclarait "l'autogestion ne peut être envisagée que dans un système cohérent où l'on tient en main le problème de la production, et c'est le rôle de l'organisation des producteurs ; mais il faut tenir aussi les problèmes de l'organisation des citoyens et de la direction politique. Le fédéralisme yougoslave a permis l'autogestion en fournissant une donnée politique plus proche de la base. Mais il y a un troisième niveau, celui de l'État qui, lui-même, s'il n'est pas démocratique comme c'était le cas en Yougoslavie, fait s'écrouler l'autogestion. Parce que lorsqu'on chasse la démocratie à un endroit, il ne faut pas croire qu'elle peut apparaître à un autre. (…) C'est un système finalement très délicat, et pour nous cela implique qu'il y ait transformation du pouvoir au niveau de l'entreprise, au niveau des régions et au niveau de l'État."

En fait, en se référant aux pays déjà cités, on se rend compte que les trois niveaux évoqués par Robert Chapuis, n'ont jamais vraiment pu fonctionner ensemble. Ce serait peut-être la France qui, en 1981, aurait pu s'en rapprocher le plus, avec les nationalisations, la régionalisation et un État qui ne demandait qu'à se démocratiser. Mais le contexte mondial a sans doute été un trop gros obstacle. Et aux trois niveaux de R. Chapuis, on doit ajouter celui de la mondialisation. Celle-ci ne permet plus d'imaginer, aujourd'hui, qu'un pays seul puisse concevoir un fonctionnement autogestionnaire.

Cette analyse structurelle conduit donc à constater l'impasse à laquelle conduit le projet du socialisme autogestionnaire. Il y aurait aussi à développer un autre type d'analyse plus philosophique prenant en compte certains comportements humains découlant du désir de la possession : avidité, violence, domination, pouvoir, manipulation … Ces comportements sont profondément inscrits dans l'humanité et très difficilement contournables, du moins aucune politique, aucune religion n'ont encore vraiment trouvé la solution ! Ils sont on ne peut plus incompatibles avec un système autogestionnaire qui, par définition, exclut tout rapport de domination et fait de la grande propriété l'origine principale de l'aliénation.

Alors utopie ou mythe ?

Si l'on prend la définition de Théodore Monod "« L'utopie est simplement ce qui n'a pas encore été essayé!  »34, alors l'autogestion n'est plus dans l'utopie ; elle a, en effet, été essayée politiquement dans plusieurs pays et elle continue à l'être dans ce que nous nommons "l'autogestion pratique". Ce qui n'en fait plus un idéal puisqu'elle fonctionne dans le réel et que des résultats sont observables.

En revanche le socialisme autogestionnaire comme projet politique global, relèverait non seulement de l'utopie mais aussi du mythe parce que fondé sur l'imaginaire d'une société idéale, libre, harmonieuse, sans classe, sans violence …, la recherche du paradis perdu pourrait-on dire ! Mais dans ce projet, certains éléments du réel ne figurent pas ou ne sont pas suffisamment pris en compte.

On l'a vu à propos de l'Algérie où, manifestement, il y a eu une part d'aveuglement chez des militants enthousiasmés par la conquête de l'indépendance et qui ont cru qu'un pays se libérant d'un rapport de domination combien aliénant, ne pouvait que déboucher vers le socialisme autogestionnaire. En fait la réalité était tout autre et le pouvoir qui se mettait en place n'avait rien de démocratique.

Roland Barthes associe mythe et mystification. Le mythe, selon lui, est une illusion qui altère les données de l'observation du réel et va donc à l'encontre du raisonnement et de la connaissance. " La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir…". Le mythe relève donc, y compris en politique, plus de la croyance que de la raison. Mais il peut avoir une fonction hautement symbolique favorisant la mise en mouvement, "groupons-nous et demain l'Internationale sera le genre humain" ! Et ce mouvement peut alors jouer un rôle important dans la transformation du réel sans pour autant le bouleverser de fond en comble.

En politique  le mythe naît souvent dans les périodes de mutation, de crise identitaire. Il devient alors une planche de salut. Il peut s'incarner dans un personnage présenté comme le sauveur, ou bien dans une recherche d'unité communautariste à l'encontre d'un phénomène de société, ou bien encore dans une représentation de "l'âge d'or" passé -retour à la nature - ou à venir : abondance pour tous, harmonie et fin de l'Histoire ! Le socialisme autogestionnaire a eu cette fonction mobilisatrice dans une période où le pouvoir était exercé de façon autoritaire par un homme lui-même "sauveur" et qui avait institué une République quasi monarchique, en tout cas à l'opposé de l'esprit du socialisme démocratique. Il a permis le rêve, une recherche moderne du "paradis perdu" ! Il a eu une période faste, mai 68, "sous les pavés, la plage !". Il a participé à la victoire de la gauche en 81. Et là, paradoxalement, il commence à se déconstruire. Libérée du communisme, la 2ème gauche (à laquelle on peut associer les Verts), celle de la révolution douce, celle des "réformistes", occupe le terrain idéologique.

Elle accepte l'économie de marché comme quelque chose d'inéluctable et s'oriente vers la social-démocratie.

Aujourd'hui, à l'exception des "LES ALTERNATIFS. Rouge et Vert"37, plus grand monde n'évoque le socialisme autogestionnaire comme un projet possible. On peut certes penser qu'une nouvelle délivrance de Prométhée en rallumerait le feu ; mais on peut aussi estimer qu'il est entré dans le domaine de l'histoire. Sans lui quand est-il, aujourd'hui, du mouvement social ?

Ponctuellement certains évènements provoquent de grandes mobilisations (altermondialistes par exemple). Mais on a l'impression que peu à peu on s'éloigne des grands projets politiques de société bouleversant l'ordre des choses, comme si la mondialisation rendait difficile, voire impossible, la compréhension de la politique globale sur laquelle le citoyen que je suis ne voit pas comment il peut agir pour en modifier le cours. On a là, sans doute, l'une des raisons de la défiance à l'égard du politique, avec des conséquences négatives pour la démocratie représentative.

Cependant, des hommes et des femmes continuent à rechercher un peu partout d'autres façons de vivre. Ils mettent en œuvre des solidarités de proximité, des actions de développement durable, d'autres façons de concevoir les rapports économiques, de consommer ... Tout cela crée du mouvement mais peu visible, peu saisissable dans l'opinion. Ces nouvelles forces conduiront-elles à une alternative au système existant ? André GORZ en était intiment convaincu : "l'expérimentation avec de nouveaux modes de vie et d'autres formes sociales, dans les failles d'une société en pleine désagrégation, subvertira et délégitimera le contrôle que le Capital exerce sur l'esprit et le corps des gens. [Ainsi] les contraintes et les valeurs de la société capitaliste cesseront d'être perçues comme naturelles et libéreront finalement les puissances de l'imagination et du désir", démarche qui amènerait, selon A. Gorz, à un "éco-socialisme non capitaliste".

Nous n'en sommes pas encore là et pour un mouvement plus global on manque, peut-être, du rêve qui permettrait de sortir de la façon strictement gestionnaire et sécuritaire que la politique actuelle propose. Il y a, semble-t-il, un manque d'ambition collective, à moins que la démocratie participative en soit une source possible ?

2-1 définition et histoire

Lorsque des instances dirigeantes évoquent la participation, cela signifie qu'elles cherchent à associer les salariés, les habitants, les usagers … à la vie d'une entreprise, d'un quartier, d'un service … À l'inverse d'un système autogestionnaire où le pouvoir est normalement non hiérarchisé et s'exerce collectivement, le système participatif ne modifie en rien les hiérarchies existantes.

Dans le monde du travail on peut considérer les comités d'entreprise et surtout les comités d'hygiène et de sécurité comme des instances participatives.

En politique, l'usage du mot n'est pas très ancien. C'est le Général de Gaulle qui en 1967 fait de la participation des salariés aux résultats de l'entreprise un objectif à atteindre rapidement. Il l'impose par ordonnance pour les entreprises de plus de 50 salariés contre l'avis du CNPF et avec beaucoup de réserves des partis de gauche et des syndicats de salariés.

Les Groupes d'Action Municipale (GAM) avaient, dans les années 60, fait ressortir la nécessité d'associer les habitants à tout projet de rénovation urbaine. Il faut toutefois attendre les années 80, à l'occasion des premières mesures concernant la Politique de la ville , pour que l'État introduise la notion de participation comme "étant au cœur de la politique de la ville". Plusieurs lois ont jalonné ces années :

-loi du 12/7/83, dite loi Bouchardeau, relative à la démocratisation des enquêtes publiques et la protection de l'environnement

-loi du 13/2/2000, relative à la Solidarité et au renouvellement urbain

-et enfin loi du 27/2/2002, dite loi Vaillant, relative à la démocratie de proximité.

Dans la loi de 2002 la participation des habitants (chap.1er du titre 1er) occupe en fait 2 pages sur les 48 du texte de loi! Tout le reste évoque le statut des élus, l'intercommunalité, les collectivités territoriales et leurs compétences, les enquêtes publiques …

Cette loi rend obligatoire les conseils de quartier (CQ) dans les communes de plus de 80.000 habitants, "les conseils de quartier peuvent être consultés par le maire et peuvent lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la ville. Le maire peut les associer à l'élaboration, à la mise en œuvre et à l'élaboration des actions intéressant le quartier, en particulier celles menées au titre de la politique de la ville"(art.1.II). On note que le CQ "PEUT être consulté … associé…" et non pas DOIT. Les élus gardent ainsi l'initiative de ce qu'ils veulent bien soumettre aux habitants.

Le projet initial prévoyait l'obligation des CQ pour les communes de plus de 20.000 habitants. On ne s'explique pas très bien pourquoi on est passé à 80.000 dans les navettes entre le Parlement et le Sénat. Toutefois beaucoup de communes de moins de 80.000 habitants ont créé des CQ.

2-1 pourquoi une loi ?

Lors de la "rencontre nationale des conseils de quartiers et de la démocratie locale", tenue à Paris en mai 2001, Claude BARTOLONE, alors ministre délégué à la ville concluait ainsi la journée :

"La politique de la ville a été portée il y a plus de 20 ans sur ses fonds baptismaux par Hubert DUBEDOUT avec l'intime conviction que sa réussite était conditionnée par la participation des habitants et par leur réelle implication dans sa conception (…)

Pour la politique de la ville, la démocratie de proximité est l'un des actes fondateurs de notre action autant qu'un impératif de réussite. (…) La démocratie participative est une condition de la réussite du renouveau social (…). Les conseils de quartier sont des lieux de confrontation essentiels à la démocratie, essentiels pour gouverner une ville (…) Qu'il s'agisse de propreté, d'éclairage public, de tranquillité publique, d'implantation du mobilier urbain, des aménagements de voirie …, il nous faut débattre et nous organiser pour répondre à des demandes ascendantes et non pas seulement discuter de propositions descendantes…"

Il annonçait à cette même rencontre la promulgation prochaine de la loi.

Cette loi prend en compte une longue période d'expérimentations de toutes sortes en matière de démocratie locale dans de nombreuses communes françaises, le plus souvent de gauche, avec en toile de fond LE modèle PORTO ALLEGRE au Brésil. Mais alors pourquoi ce besoin de légiférer ? Il n'y avait pas un mouvement social organisé poussant à cela, sinon peut-être les mouvements spontanés de jeunes dans certains quartiers, mais pour eux la réponse se trouve-t-elle dans cette nouvelle gouvernance ?

En fait le principal motif est sans doute à rechercher dans l'inquiétude éprouvée par la classe politique devant un certain "désenchantement démocratique" ; l'évolution négative des taux d'abstention aux élections en étant le principal indicateur.

Mise à part l'élection présidentielle, toutes les dernières élections de 2007 et 2008 ont vu leur taux d'abstention augmenter. Entre 1970 et 2008 le taux d'abstention 46aux législatives est passé de 17,7 à 39,6% ; celui des municipales de 22,9 à 39,1%. Ce qui fait que des maires, des conseillers généraux, des députés sont élus par 30 à 40% de la population majeure, quelle légitimité réelle leur donne alors leur élection ? L'abstention concernerait, dit-on, surtout les milieux populaires. Ce qui nous approfondirons car on suppose qu'elle existe aussi dans les classes moyennes soit par désintérêt soit par désenchantement à l'égard de la politique institutionnelle. Il y a donc "crise de la représentation (…).

Les citoyens, notamment ceux appartenant aux couches populaires, s'éloignent de plus en plus des mécanismes traditionnels de la démocratie. Une fracture civique profonde s'est aujourd'hui creusée entre la représentation politique et une large fraction de ceux qu'elle est censée représenter"

La démocratie est-elle en péril au point de devoir la mettre sous perfusion, avec la participation comme sérum vital ? Pourtant, par définition, la démocratie -pouvoir par le peuple- est participative sur le principe même que tout citoyen est en droit de participer à la décision politique, si cela n'est pas, le mot démocratie se vide de son sens premier. "Si parler de démocratie participative ne traduisait rien d'autre que la volonté d'exploiter et d'instrumentaliser la défiance des citoyens envers leurs représentants -cette défiance fut-elle, à bien des égards, compréhensible et légitime - (…) ce qui fragilise leur attachement et leur désir pour la démocratie, le risque alors serait que l'appel d'une démocratie participative ne finisse par effacer la démocratie elle-même (…) Il n'y a de démocratie que participative.", Bernard STIEGLER

Qualifier la démocratie de participative relève donc quelque peu du pléonasme et de la méthode Coué avec injonctions répétées à la citoyenneté sur tous les modes : débat citoyen, démarche citoyenne, café citoyen, conseil citoyen … Le citoyen49du 21ème S. est, semble-t-il, en train de détrôner le travailleur du 20ème S. Le travail, de par les incertitudes qu'il représente et le moindre temps qui lui est consacré, perd de son importance dans la construction de l'identité sociale au profit de la cité avec ses multiples lieux d'exercice de la citoyenneté : associations, instances participatives ou lieux moins formalisés que la loi de 2002 ne prend pas vraiment en compte.

Les CQ ont tendance à polariser l'attention (la notre en particulier !) alors qu'ils n'intéressent qu'une infime partie de la population. Leurs membres sont des habitants volontaires, ne représentant qu'eux-mêmes ; leur profil : cadres moyens ou supérieurs jeunes retraités, propriétaires de leur logement, déjà actifs dans la vie associative.

On n'y trouve donc pas, ou fort peu, certaines couches de la population et tout particulièrement les jeunes et les milieux les plus populaires. Alors les CQ nouvelle caste sociale défendant avant tout ses intérêts ? Si ce n'était que cela on aurait là le plus bel effet NIMBY (touche pas à mon jardin) tout à fait contraire à ce que l'on nomme "l'intérêt général". Mais comment définir cet intérêt général, que la démocratie participative est censée opposer à l'intérêt particulier ? Comment le représenter? Est-ce ramener l'individuel dans le collectif ? C'est un point qui sera approfondi.

que fait-on dans les instances participatives ?

Tout n'est pas sombre dans les CQ. Certains s'investissent dans l'urbanisme et participent à un réel travail d'aménagement urbain, d'autres se préoccupent de solidarités de proximité.

Par exemple  dans le 18ème arrondissement de Paris, les CQ "Clignancourt, Jules Joffrin" et "Amiraux, Simplon, Poissonnières" se sont demandés début 2006 que faire face à l'accroissement des personnes sans abri séjournant dans le quartier. Après étude avec l'association "Un toit pour tous", au fait de cette question, les CQ ont émis unanimement un vœu demandant l'ouverture d'une Maison Relais sur le quartier avec accueil de jour et de nuit. Ce vœu a été approuvé par le Conseil municipal d'arrondissement en avril 2006 et transmis au Conseil de Paris qui décide de donner suite avec la création de 2 maisons Relais. Les CQ participent ensuite au comité de pilotage du projet (implantation, fonctionnement etc.).

Dans cet exemple le schéma est ascendant et représente sans doute un processus quasi idéal :

-repérage d'un problème

-étude avec une association qui joue dans le cas présent un rôle d'expertise

-construction d'un argumentaire et transmission d'un vœu

-présentation au conseil municipal, discussion

-décision du CM

-participation au comité de pilotage

 

Une réserve toutefois, puisque, aux dernières nouvelles, dès que les sites d'implantation ont été connus du grand public, des habitants , non participants des CQ, ont manifesté leur opposition en faisant signer une pétition à l'initiative de l'ancien chanteur des "Chats Sauvages" Dick Rivers ! Comme quoi il n'est pas toujours simple de participer !

Notre intention n'est pas de dresser ici un tableau exhaustif des pratiques participatives, l'ADELS le fait très bien sur son site . Voici cependant une brève typologie des contenus que nous avons repérés :

-simple information descendante élus vers habitants, avec questions / réponses

-demande ascendante d'informations auprès des élus

-consultation sur un projet

-partenariat pour l'élaboration et la réalisation d'un projet

-délégation de pouvoir, pour la gestion d'un équipement de quartier.

la participation, ravalement de façade de la démocratie ?

"Faire un état des lieux ensemble, c'est ça la participation !", Marylise LEBRANCHU, députée du Finistère, manifeste au cours d'un entretien récent un certain mécontentement à propos de la démocratie participative telle qu'elle est en train de s'instituer : "où sont les personnes en souffrance des quartiers populaires dans ces instances ? Elles n'y viennent pas ! Parce que le pouvoir y est pris par quelques personnes, celles qui ont la culture des mots. C'est aux élus à aller à pied dans les quartiers, de discuter en direct avec les habitants, de parler des problèmes de leur vie quotidienne… d'expliquer les projets avec des plans … et leur donner la possibilité de critiquer".

"Les comités de quartier, c'est pas fait pour jouer les cantonniers !" proclame Jean-René MARSAC, député d'Ille-et-Vilaine. "La démocratie participative, telle qu'elle est souvent pratiquée encore, donne trop de place à la parole. Il suffit de se réunir, de se parler, d'échanger quelques idées, et on serait dans la démocratie participative ? C'est pas sérieux ! C'est la réduire à l'état de forum réservé à ceux qui savent s'exprimer. Et je ne vois pas comment émerge la dedans l'intérêt général … S'il n'y a pas de logique d'action, ce n'est plus de la démocratie… La démocratie c'est fait pour décider, donc faire des choix : où on met l'argent ? pour quoi ? pour quelle population ? C'est pas compliqué et on peut très bien associer le maximum de personnes dans cette démarche de responsabilisation ; c'est à mon avis la seule qui permettra de progresser vers plus de démocratie, sinon on va rester dans un concept mou, pas assez exigeant. L'autogestion avait une logique de progression dans la prise de responsabilité, ce serait utile de s'en inspirer".

La démocratie ne peut s'accommoder de la misère sous toutes ses formes, elle doit au contraire lutter contre. Si la participation conduisait à y faire écran, parce que réservée à une élite oligarchique constituée d'élus associés à quelques militants, et bien on obtiendra l'effet inverse de ce qui est souhaité par bon nombre d'élus et d'associations qui œuvrent quotidiennement pour que la démocratie retrouve du sens. On cite trois exemples d'associations simplement parce qu'on a eu l'occasion de discuter avec elles, seulement trois !, mais il pourrait certainement y en avoir plusieurs centaines tant il y a du mouvement dans ce domaine :

-à Lyon, l'association "Formation Action Citoyenne" a réalisé une recherche-action dans plusieurs communes du Grand Lyon sur les difficultés rencontrées par des habitants pour se faire entendre. "Sortir l’exercice de la démocratie locale du huis clos des institutions, casser l’exclusivité des médias dans la représentation et donner à voir, jusque dans la rue, une autre démocratie qui suscitera l’implication progressive des personnes réputées exclues des démarches de participation". Un film vidéo a été réalisé. 57

-dans le Nord "Paroles d'habitants" pratique la "Ballade citoyenne" ou le "Diagnostic en marchant"".

-dans l'Isère, l'association Arpenteurs "se consacre aux processus démocratiques et durables de fabrication de la ville, à travers l'animation d'espaces de débat entre ses acteurs, l'organisation d'évènements de mobilisation, la programmation d'espaces et d'équipements publics, des actions de formation, des études-actions et des réseaux d'échanges d'expériences.

Brève conclusion

En l'état actuel des travaux on peut dire que, entre hier et aujourd'hui,

  •  

  • la démocratie participative, avec toutes les réserves faites sur le sens de cette appellation , ne relève pas, telle qu'elle est mise en place par les collectivités territoriales, de l'autogestion (gérer soi-même), mais plutôt, et au mieux, de la cogestion de projets entre des élus détendeurs du pouvoir décisionnel et une petite minorité d'habitants s'auto désignant.

  • les associations, au demeurant toujours très actives bien qu'ayant du mal à renouveler leurs cadres bénévoles, les collectifs ou comités mis en place ponctuellement pour traiter d'un problème spécifique, peuvent fonctionner en autogestion.

Ces différents constats seront développés. Des entretiens avec plusieurs élus et militants ayant traversé le courant autogestionnaire, puis avec des élus et des militants plus jeunes ne l'ayant pas rencontré directement, permettront de préciser les éventuels ponts entre autogestion et participation.

rédigé par Pierre Thomé 29 décembre 2008

 

 

 contact : tél. 06 75 79 00 46 / mail : etudes3569@orange.fr

 Parti Socialiste Unifié

 dans "Territoires", N° 454, janv.2005

 L'internationale, son origine, son but …, Oscar TESTUT, 1870, Lyon

L'AIT 1ère Internationale est à ne pas confondre avec l'AIT fondée en 1922 à Berlin, par des syndicats révolutionnaires tendance anarcho-syndicaliste, Cette AIT fait référence à l'autogestion. En France la Confédération Nationale du Travail (CNT) en fait parti.

 cf. "Procès de l'Association internationale des travailleurs. Statuts et règlement", Paris, 1870, Association générale Typographique.

 Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier LISSAGARAY, 1ère édition 1876, réédition, 1990, La Découverte. Avant-propos de Jean MAITRON

 46, rue des Cinq-Diamants 75013 Paris, http://www.commune1871.org

 La Société festive. Du fouriérisme écrit aux fouriérismes pratiques, Henri DESROCHE, Paris, Seuil, 1975

 le Nouveau monde industriel et sociétaire, Charles FOURIER, Paris, 1829

 "Longo Maï, révolte et utopie après 68", Beatriz GRAF, 2006, éd. THESIS

 "Faire des hommes libres", Michel CHAUDY, 2008, Valence, éd. REPAS

 dans "Autogestion, la dernière utopie ?" sous la direction de Frank GEORGI, 2003, Paris. Publications de la Sorbonne

 ARVEL 31, cours E. Zola 69100 Villeurbanne tél. 07 72 44 95 50 / http://www.arvel-voyages.com/

 Section Française de l'Internationale Socialiste (1905 - 1969)

 cf. "Les camarades des frères", Sylvain PATTHIEU, préface de Mohamed Harbi, 2002, éd. Syllepse

Mouvement National Algérien, créé par Messali Hadj. Le MNA, perdra peu à peu de son influence à partir de 1957

 Parti Communiste Internationaliste, branche française de la 4ème Internationale, créé en 1944

 Front de Libération National
secrétaire de Trotski en 1933 et transfuge de la 4ème Internationale vers la Nouvelle Gauche et le PSU en 1960

 Sylvain PATTIEU dans "Les camarades des frères. Guerre d'Algérie et extrême gauche en France". Thèse de doctorat, 2000, Université de Provence

ss="sdfootnote">  "Stratégie ouvrière et néo capitalisme", André GORZ, 1964, le Seuil

 "l'Autogestion goutte à goutte" Daniel MOTHÉ, Paris, 1980, Centurion

 (1901 - 1991), exclu du PCF en 1958

 Critique de la vie quotidienne I. Introduction, Paris, l'Arche 1948

Critique de la vie quotidienne II. Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, l'Arche, 1962

Critique de la vie quotidienne III. De la modernité au modernisme, Paris, l'Arche, 1981

 un film récent évoque cette lutte avec justesse : "les LIP, l'imagination au pouvoir", Christian ROUAUD, 2007, produit par "Les Films d'ici", (existe en DVD)

 ministre du travail de 1981 à 1983

 Georges GONTCHAROFF, entretien du 10 nov. 2008

 "l'autogestion, une utopie réaliste", Victor FAY, Paris, 1996, Syllepse

 id.

 actif jusqu'en 1985

 "l'autogestion, une utopie réaliste", Victor FAY, Paris, 1996, éd. Syllepse

 id.

 interview dans la Revue de la Chronique Sociale de France, "Qu'est-ce que le PSU ?", Lyon, décembre 1971, N° 5-6

 cité par Wikipédia, l'encyclopédie qui se dit autogestionnaire

 "Mythologies", 1957, Paris, le Seuil

 "mythes politiques modernes", André Reszler, Paris, 2001, PUF

 "La délivrance de Prométhée. Pour une théorie politique de l'autogestion", Yvon BOURDET, Paris, 1970, éd. Anthropos

 "L'immatériel. Connaissance, valeur et Capital", André GORZ, Paris, 2003, éd. Galilée

 "Capitalisme, socialisme, écologie", André GORZ, Paris, 1991, éd. Galilée

 GAM 40 rue Benoît Malon 92290 Châtenay-Malabry tél. 01 46 31 21 89 / mail : sngam@neuf.fr

 on évoquera l'expérience d'élus et de militants de la Roche-sur-Yon (Vendée) dont l'objectif en 1989 était de "permettre aux habitants d'être la principale force motrice d'un projet de développement économique et social d'un quartier", Elie Gaborit

 circulaire L. Jospin de décembre 1998

 telle que publiée par http://www.Legifrance.gouv.fr

 beaucoup d'auteurs utilisent cette expression dont Serge DEPAQUIT dans "Renouveler la démocratie … oui, mais comment ?" Paris, 2005, éd. de l'ADELS

 sources : ministère de l'Intérieur

 Serge DEPAQUIT, id.

 "De la démocratie participative", Marc CREPON, Bernard STIEGLER, 2007, éd. Mille et une Nuits

 dans le langage de la gauche le mot citoyen a connu une éclipse partielle jusqu'en 1981, date à laquelle il reprend de l'ampleur.

 sources : entretien à la Mairie de Paris, avec Hamou BOUAKKAZ, adjoint en charge de la démocratie locale et de la vie associative, et Julien NEIERTZ, conseiller technique. Document "les actes du printemps de la démocratie locale" mars 2007, Mairie de Paris ; avec compléments d'information par téléphone et mail avec la coordinatrice des conseils de quartier du 18èmearr.

 le Parisien, 29 sept. 2008

 Observatoire de la démocratie locale ADELS http://www.adels.org/ressources/observatoire.htm

 entretien avec Marylise LEBRANCHU, MORLAIX, 29 sept. 2008

 entretien avec Jean-René MARSAC, Paris, 12 nov. 2008

 cf. "La misère du monde", sous la direction de Pierre BOURDIEU, 1993, éd. du Seuil

 "Participation et fracture sociale", disponible en DVD auprès de FAC

  1. quai Arloing, 69009 Lyon / la-fac@la-fac.org

 pour en savoir plus se reporter au site "Récits" http://www.recit.net/spip.php?article116

 http://www.arpenteurs.fr/ Voir aussi "Télé Quartier" : http://www.telequartiers.com/

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