L'ULTIME CRISE DU CAPITALISME 2

 

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L'ultime crise du capitalisme ?

 

 

 

Il est aujourd'hui évident ( ce ne l'était pas encore en septembre 2008) que tous les économistes "sérieux" - il en reste quelques-uns - tous les hommes politiques ( même de droite ) pensent à la crise de 1929 lorsqu'ils voient surgir devant eux cette crise "systémique" qui se développe dans le monde à partir des Etats-Unis depuis le milieu de l'année 2007 (1).

Ainsi la revue Challenges ( hebdomadaire économique ) dès le mois de mars 2008 ( le 6 mars ) nous explique que " Ni les économistes ni les historiens n'ont oublié que la Seconde Guerre mondiale a trouvé ses racines dans ce mois d'octobre 1929, qui vit le monde basculer dans la plus grave dépression économique de son histoire". Une fois cette vérité profonde énoncée, "Challenges " analyse la crise de 1929 qui, comme toujours, (2) démarre par une crise financière et se poursuit ensuite par une crise économique, industrielle, et commerciale dite de surproduction (ou de sous-consommation)... c'est - à - dire avant tout par un appauvrissement massif des classes populaires ( il faut en effet que les capitalistes se refassent une santé sur le dos de leurs salariés, des pauvres en général ), par un chômage massif, la baisse des salaires réels et la détresse de centaines de millions de travailleurs à travers le monde :

"Ce « jeudi noir » (24 octobre 1929) , les boursicoteurs ( après coup ce sont toujours des "boursicoteurs" ) font éclater la bulle spéculative qu'ils ont eux-mêmes créée avec la complicité des institutions financières américaines. Les ordres de vente affluent - 13 millions de titres changent de mains, au lieu de 4 millions habituellement. Le krach, c'est le 29 octobre, quand 16 millions de titres sont échangés. En vingt-deux jours, l'indice boursier de New York a perdu 40% de sa valeur. Il faudra attendre 1954 avant qu'il retrouve son niveau d'avant 1929." Sommes-nous à la veille d'une catastrophe de même ampleur ? A entendre Jacques Attali, oui. ( Mais bien entendu avec beaucoup de réserves.) Le 16 décembre 2007 dans un entretien au Journal du dimanche, l'ex-conseiller de François Mitterrand n'y va pas par quatre chemins: « La crise des subprimes a détruit en quelques mois des richesses égales à 10% du PIB mondial, soit 4000 milliards de dollars. (3) Plus aucune banque ne prête à aucune banque. Et si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 1929.» Dans les pages qui suivent, Challenges a invité plusieurs économistes à se pencher sur les analogies entre 1929 et aujourd'hui : " Disons-le tout de suite, Jacques Attali a parlé un peu vite. Si sa comparaison est pertinente sur l'amorce des deux crises, elle ne résiste pas à l'analyse sur leur contexte historique respectif. Et donc sur leurs conséquences." (4) C'était donc le 6 mars 2008 : il est ainsi intéressant de reprendre les commentaires de nos journalistes - aux ordres du pouvoir - d'il y a plusieurs mois sur cette crise.

Or en octobre 2008 on voit clairement les Etats-Unis et le monde s'enfoncer dans une grave crise bancaire (et évidemment économique, industrielle, et commerciale) avec la faillite notamment de la banque Lehman Brothers, et la nationalisation du plus grand groupe américain d'assurances, AIG, au bord de la faillite (5) suite au plan Paulson qui consiste à injecter 750 milliards de dollars pour sauver les banques privées américaines, le crédit, et éviter de graves dangers pour l'industrie américaine... Mais si Jacques Attali a dit vrai (c'est son seul titre de gloire puisque ensuite il atténue la vérité en ajoutant "si rien ne change"), rien que la crise des subprimes devrait être impossible à combler ! Entre le tiers et la moitié des crédits hypothécaires sont devenus des créances "pourries". Comment les gouvernements occidentaux ( puisqu'en effet la crise des subprimes a atteint l'Europe via les reventes boursières suite à la "titrisation") vont-ils en effet combler un tel trou ? Ce n'est ni le plan "Paulson" (aujourd'hui largement dépassé) ni même le plan annoncé par Obama et accepté par la Chambre et le Sénat en février 2009 (près de 800 milliards de dollars) qui seront en mesure de simplement liquider la dette de ceux qui sont touchés par la crise hypothécaire américaine ! D'autre part il y a les fonds "perdus par la bourse" , environ 50 à 60 % de la capitalisation boursière totale (début 2009) : cela veut dire (en terme de niveau de vie constant) de l'ordre de 55 à 65 % de baisse . Ce qui représente 12000 milliards de dollars environ - (on n'est pas à 100 milliards près) ! Le niveau le plus fort atteint par le CAC 40 en 2007 était de 6.900. le plus bas niveau situé début mars 2009 à 2600 environ, c'est - à - dire aux alentours de ce qu'était le cours de la bourse en 1990 : en tenant compte de la baisse du niveau de vie. Dans un article d' "Alternatives économiques " signé par Marc Gaudrey en nov. 2007 on peut lire ( et pourtant Alternatives économique est un journal sérieux!) ce qui suit :

"Le CAC 40 a 20 ans ! Sur cette période, il est passé de 1.000 points (au 31 décembre 1987) à 5.614 (au 31 décembre 2007), soit un gain de 461 %. La performance annualisée s'affiche à 9,01 %. La Bourse reste donc bien le meilleur des placements sur le long terme. Sur la même période, la croissance du produit intérieur brut (PIB) ne se situe qu'à 2,1 % l'an, en termes constants. Au niveau de la capitalisation, le mouvement est plus important encore : dans une étude récente, les spécialistes du gestionnaire de fonds Fidelity constatent ainsi qu'elle a été multipliée par 19 en vingt ans, passant d'un peu plus de 56 milliards d'euros à près de 1.100 milliards aujourd'hui !" Cet article prouve à quel point les journalistes ont tendance à ne voir que le petit bout de leur lorgnette et à raisonner à très court terme. On doit signaler à Marc Gaudrey que depuis décembre 2007 le CAC 40 est descendu à 2.600 points ce qui ne fait qu'une hausse de 150 . Si on y ajoute l'évolution du coût de la vie cela diminue ce total de 40% soit une hausse de 90% en 21 ans : on assiste ainsi à une hausse moyenne de 3,10 % par an ! Mais en allant plus loin on peut affirmer aujourd'hui (fin mars 2009) que la tendance à la baisse de la bourse n'est pas terminée : pour l'an 2009 nous assisterons à un retour vers l'indice 2000 pour le CAC 40, avec la même tendance pour les autres valeurs mobilières internationales. Ce qui donnerait une hausse formelle de 100%, soit avec une hausse des prix de 60% en 22 ans, un rendement inférieur à 2 % par an. Le gouvernement français en établissant à 1,5¨% le taux de rendement du livret A et en l'étendant à toutes les banques, vient donc d'une manière parfaitement hypocrite de largement anticiper sur cette évolution, et en même temps, pour la première fois depuis les années trente, de proposer à plus de 10 millions de petits épargnants un taux d'intérêt négatif inférieur à l'inflation réelle qui se situe à 1,5 % - 2% par an. Ce qui a une conséquence immédiate sur les moyens fournis à bon compte aux banques pour se renflouer sur le dos de leurs clients, de leurs petits clients bien sûr qui sont les plus nombreux !(6)

Marc Gaudrey poursuit son raisonnement :

" Pendant ce temps, comment ont évolué le pouvoir d’achat des salaires, des minima sociaux, et le PIB par habitant ? Ce dernier a progressé de 35 % en vingt ans. Le salaire annuel moyen des salariés à temps complet a progressé d’environ 60 % en euros courants, soit autour de 15 % à prix constants... Quant au pouvoir d’achat du RMI depuis sa création effective en 1989, c’est encore pire : + 5 % en 18 ans ! "

Sur ce plan le journaliste a entièrement raison et nous sommes par ce raisonnement au cœur des explications sur le déclenchement de la crise : Nous avons d’un côté un développement sans fin des placements financiers, surtout dans le domaine de la production des moyens de production et de l’autre un amenuisement de la masse salariale payée aux travailleurs - dans les deux secteurs - : ce qui provoque la surproduction du secteur des moyens de consommation - En réalité une sous-consommation, la tentative du capital de maintenir son taux de profit , et finalement, la crise . (7)

Suite à ces phénomènes on assiste ainsi à la reprise en mains par l' État américain de AIG ( la plus grande société d'assurances américaine ) et les décisions "dramatiques" prises par le Congrès américain en octobre et par Bush le 13 octobre dernier. (2008) (A quoi il faut rajouter la quasi-nationalisation des banques américaines Freddy et Mae), la banqueroute islandaise (8) avec la nationalisation des trois principales banques d'Islande , et, en Irlande, la décision prise par le gouvernement de garantir durant deux ans tous les dépôts bancaires des 6 principales banques du pays, la quasi nationalisation de la grande banque anglaise Northern Rock et enfin la participation au groupe bancaire Dexia apportée par les gouvernements belges, français et luxembourgeois). (9) La crise d'aujourd'hui est, ainsi, de beaucoup, la plus importante que le régime capitaliste ait connu depuis ses origines. Et comme le régime capitaliste s'est étendu à toute la planète, qu'il a conquis des territoires nouveaux ( la Chine , l'Inde, les pays du Moyen et du Proche Orient, l'Amérique latine, l'Afrique, la Russie etc.) et qu'en plus la population mondiale a été multipliée par environ 3 et demi depuis 1929, on se rend compte de l’ importance particulière de la crise qu’il traverse.

Mais après ce grand détour revenons à "Challenges" qui garde la tête froide: ce journal n'est pas là pour exciter les masses ni pour envenimer la situation ! Il faut expliquer les choses avec simplicité et calme en montrant ce qui distingue la crise actuelle de la crise de 1929 :

"on oublie donc qu 'en octobre 1929 le krach frappe une économie américaine en perte de vitesse, confrontée depuis quelques mois à la déflation et à la baisse de sa production. Rien à voir avec 2008, où la Fed a récemment revu à la hausse ses prévisions d'inflation. (10) On oublie qu'en 1929 la même Fed refuse d'injecter des liquidités, contribuant à contracter de 30% la masse monétaire aux Etats-Unis, ce qui précipitera le pays dans la dépression. C'est la politique exactement inverse qu'adopte Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale et l'un des plus éminents spécialistes de 1929. Le 9 août 2007, il renfloue les marchés à hauteur de 24 milliards de dollars.

Une opération qu'il répétera à plusieurs reprises, de même que la BCE ou la Banque du Japon. On oublie aussi que le monde ne manque pas d'argent... ( tiens donc ! Comment se fait-il que les banques restreignent à ce point et en masse, leurs crédits ?) " Selon l'économiste Patrick Artus, la liquidité mondiale progresse de 14% par an, sous l'effet des réserves de changes des pays émergents, alimentées par le boom du pétrole et des matières premières. On oublie, enfin, qu'en 1929 plus de 600 banques américaines ont fait faillite. Depuis l'été 2007, aucune banqueroute n'a été signalée. Quant à la Société générale, malgré une débâcle qui lui a coûté 7 milliards d'euros, elle a néanmoins sauvé un bénéfice proche de 1 milliard. En faire un cauchemar, c'est gravement méconnaître ce qu'a été 1929." (Challenges 6/3/2008).

Reprenons une à une toutes ces affirmations fausses, péremptoires ou stupides :

1/ "En octobre 1929 le Krach frappe une économie américaine en perte de vitesse confrontée depuis quelques mois à la déflation et à la baisse de sa production " : Mais c'est exactement la même chose qui vient de se produire dans le monde! A quelques mois près, si on analyse les productions nationales, c'est à partir du milieu de l'année 2007 que l'on voit les économies des principaux pays commencer à décliner.

2) « rien à voir avec 2008 où la Fed a récemment revu à la hausse des prévisions d’inflation … en 1929 la Fed refuse d’injecter des liquidités contribuant contracter de 30 % la masse monétaire aux Etats-Unis ce qui précipitera le pays dans la dépression " : Plusieurs mois après c'est évidemment le contraire qui se produit ; depuis octobre 2008 c'est la grande déflation du prix des matières premières (industrielles et agricoles) et notamment des produits pétroliers !

A noter également que les liquidités accordées notamment aux Etats-Unis par la Banque fédérale ( à des taux avoisinant le taux zéro) ont accentué la dette globale de l'État Américain : or cette dette se situe aujourd’hui à près de 12 % du produit intérieur brut (1150 milliards de dollars) ! « On » espère (les grands hommes politiques et les grands économistes) que les pays émergents - c’est à dire nommément la Chine populaire - détenteurs de bons du trésor américain vont les garder de peur de voir leur monnaie être dévalorisée : rien ne garantit un tel geste. Et on pourrait aussi bien voir les pays émergents (ayant un solde créditeur avec les Etats-Unis ) replacer ailleurs leurs fonds souverains ! Les centaines de milliards des banques fédérales injectés dans le système bancaire mondial depuis septembre 2008 n'ont absolument pas réussi à endiguer la crise financière. La bourse continue irrésistiblement sa chute. ( il est vrai qu'en 1929 la bourse avait chuté de 40 % en une vingtaine de jours alors que cette fois c'est en plusieurs mois : mais la bourse ( les bourses ) d'aujourd'hui est incomparablement plus puissante qu'en 1929, et malgré tous les obstacles mis à la baisse ( obstacles techniques comme par exemple la possibilité pour les traders et le commun des mortels, de jouer à la baisse ...) en moyenne période elle plonge irrésistiblement. La dépression dont est victime maintenant l'économie mondiale n'a pu être endiguée par les mesures financières prises par les banques centrales. Combien de centaines de milliards ont été injectés ? Le plan Paulson américain et les mesures préconisées par l'Europe pour sauver le système bancaire ont été insuffisants pour éviter une banqueroute générale. Nous voyons aussi que le plan d'Obama, nouveau président des U.S.A. ( qui vise lui aussi à instituer un "nouveau capitalisme" plus "propre" "moins spéculatif" plus "moral"), malgré son ampleur relative ( il pèse un peu plus de huit cent milliards de dollars) est lui aussi insuffisant pour empêcher la crise de se développer : mais peut-être faudrait -t-il une nouvelle guerre mondiale, pour, comme en 1939, espérer juguler cette crise? Mais peut-être assistons nous aujourd’hui à l’amplification de la guerre en Irak, en Afghanistan et pourquoi pas à son extension à l’Iran avec le soutien du gouvernement israélien ! Mais cela n’empêchera pas en attendant d’injecter des milliers et des milliers de milliards de dollars dans les banques…

Il faudrait avant tout nationaliser dans chaque pays les banques ( pour tous les échanges et les crédits représentant au moins 80 % du total des montants, ainsi que toutes les grandes compagnies ! La " dépression" est officiellement annoncée aux Etats-Unis et en Europe (elle prend actuellement un tour dramatique - en dehors des Etats-Unis - en Grande-Bretagne, Irlande, Islande, Pays-Bas, Danemark, Hongrie, Lettonie, Finlande, en Slovaquie, en Roumanie, en Russie, au Japon, en Inde, Chine, Afrique et dans tous les pays du sud-est asiatique )...

3) " Selon l'économiste Patrick Artus, la liquidité mondiale progresse de 14% par an, sous l'effet des réserves de changes des pays émergents, alimentées par le boom du pétrole et des matières premières. On oublie, enfin, qu'en 1929 plus de 600 banques américaines ont fait faillite. Depuis l'été 2007, aucune banqueroute n'a été signalée. "

Faux , archi-faux ! Le monde n'a plus de liquidités sinon les banques seraient toujours prêtes ... à prêter. Je rappellerai à ce digne économiste que Lehmann Brothers ( qui détenait près de 680 milliards "d'actifs" a fait faillite aux USA, que Fanny Mae et Freddy Mac ont été nationalisés, que AIG a été - pour 150 milliards de dollars - repris en main par l'Etat américain - plus les capitaux importants injectés à nouveau fin février 2009. D'autres banques un peu plus petites ( mais néanmoins « moyennes », c’est-à-dire plusieurs dizaines) ont fait faillite, et Il faut ajouter à cela les trois plus grandes banques islandaises qui ont été nationalisées, les banques irlandaises ont été sauvées de la faillite par l‘État, Northern Rock en Grande Bretagne puis enfin Dexia remise à flot par l'État belge, luxembourgeois et français, plus USB la première grande banque suisse qui a elle aussi été sauvée par l’État (et qui était une importante victime européenne des Subprimes) ...

Récapitulons notre calcul général :

1) La perte occasionnée par les « Subprimes » : 4000 milliards de dollars .

2) La perte occasionnée par les Hedge funds : 1000 à 1300 milliards de dollars.

3) la perte due par les Private equities ( les fonds privés de placement) : 600 à 800 milliards de dollars.

Soit un total d'environ 6000 milliards de dollars . A quoi il faut ajouter la perte de capital subie par les fonds cotés en bourse : plus de 21000 milliards de dollars. Soit au total : une somme colossale de plus de 27000 milliards (environ 75 % du montant total du produit intérieur brut mondial.) Avec la baisse des indices boursiers qui va se poursuivre en 2009 et en tenant compte de la baisse identique survenue dans les autres bourses du monde (Russie, pays du Golfe, bourses chinoise et indienne etc.) nous arriverons à une perte supérieure à 40000 milliards de dollars, c'est-à-dire se situant au niveau du produit intérieur brut mondial .

En mars 2009 le CAC 40 était à son point le plus bas : il avait atteint 2600 points. Depuis cette date il joue au yoyo et le montant des valeurs journalières jouées, à baissé des trois quarts. Mi-juillet 2007, l'indice représentait environ 70 % de la capitalisation totale de la Place de Paris, soit 1 300 milliards d'euros. Au début 2008, la capitalisation est d'un peu moins de 1 000 milliards d'euros et Aujourd'hui la capitalisation se monte pour le CAC 40 à - 50% = 500 milliards d'euros .

A ces pertes boursières qualifiées par certains (à tort) de « théoriques » il convient en outre d’examiner quel va être l’impact de cette baisse gigantesque des valeurs, sur les budgets de plus de 150 millions de consommateurs retraités puisque, comme on le sait pertinemment, les retraites dans un certain nombre de pays (les pays anglo-saxons auxquels il faut ajouter l'Islande, les Pays-Bas, le Danemark, le Japon) sont indexées sur le cours de la bourse ( fonds de pension ).

LEAP/E2020 ( journal du " Laboratoire d'Analyses économiques ") (11) estime le 21 décembre dernier que :

" la crise systémique globale connaîtra en Mars 2009 un nouveau point d’inflexion d’une importance analogue à celui de Septembre 2008. Cette période de l’année 2009 va être caractérisée par une prise de conscience générale de l’existence de trois processus déstabilisateurs majeurs de l’économie mondiale :

1 -. La prise de conscience de la longue durée de la crise.

2 -. L' explosion du chômage dans le monde entier.

3 - Le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation."

Effectivement les pays payant les pensions de retraite de leurs travailleurs par fonds de pension sont durement touchés par la crise qui va encore s'aggraver. ( sans oublier les entreprises qui ont fait faillite et toutes celles qui feront faillite dans les prochains mois et années. A combien peut-on estimer le montant des fonds de pension dus aux salariés en 2009 ? Voilà une très bonne question à laquelle on aimerait que des chercheurs sérieux, avec l'appui de leurs gouvernements, répondent ! )

"La crise durera au moins jusqu’à la fin 2010. Nous anticipons une durée minimale de trois ans pour cette phase de décantation de la crise.

Elle ne sera ni terminée au printemps 2009, ni à l’été 2009, ni au début 2010. C’est seulement vers la fin 2010 que la situation commencera à se stabiliser et s’améliorer un peu dans certaines régions du monde, à savoir l’Asie et la zone Euro, ainsi que pour les pays producteurs de matières premières énergétiques, minérales ou alimentaires. Ailleurs, elle continuera. En particulier aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et dans les pays les plus liés à ces économies, où elle s’inscrit dans une logique décennale. C’est seulement vers 2018 que ces pays peuvent envisager un retour réel de la croissance."

On peut évidemment discuter de toutes ces différences : toujours est-il que cette crise qui ne fait que commencer durera beaucoup plus longtemps que les organismes officiels ( l'OCDE, la Banque mondiale, Jean-Claude Trichet directeur de la Banque centrale européenne, ou les agences officielles nationales ) ne le prétendent ! Plus loin le texte nous dit que :

"Il faut se souvenir que Wall Street mit 20 ans à revenir à ses niveaux de la fin des années 1920. Or, cette crise est plus profonde et durable que celle des années 1930. Cette prise de conscience de la longue durée de la crise va progressivement se faire jour dans les opinions publiques. Et elle déclenchera immédiatement deux phénomènes porteurs d’instabilité socio-économique : la peur panique du lendemain et la critique renforcée des dirigeants du pays. Le risque d’effondrement brutal de l’ensemble des systèmes de pension par capitalisation. Enfin, dans le cadre des conséquences de la crise qui affecteront directement des dizaines et des dizaines de millions de personnes aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, au Japon, aux Pays-Bas et au Danemark en particulier il faut intégrer le fait qu’à partir de cette fin d’année 2008 vont se multiplier les nouvelles concernant les pertes massives des organismes gérant les actifs censés financer ces retraites. L’OCDE estime à 4000 milliards de dollars les pertes des fonds de pension pour la seule année 2008". Étant données les baisses qui vont encore frapper les bourses ce sera un chiffre énorme impossible à avaler ni par les gestionnaires de ces fonds de pension ni évidemment non plus par la très grande majorité de salariés qui vont devoir les supporter, ou ( et ) se révolter. Il faut noter que, à raison de 20000 dollars de paiement par personne en moyenne par an, cela représente une perte sèche de 50 % soit 1.500 milliards de dollars et pour la seule année 2009 ! Ces 1.500 milliards représentent 3,75 % du produit intérieur net mondial ! Les fonds de pension vont avoir beaucoup de mal à survivre à une telle ponction ! Or il faut comprendre que les additions de tous les fonds gangrenés offrent au capitalisme une course d’obstacles terrible qu’il devra parcourir ( en serrant de plus en plus le cou des masses mondiales opprimées ) … ou périr !

" Aux Pays-Bas comme au Royaume-Uni, les organes de surveillance des fonds de pension viennent de lancer des cris d’alarme demandant en urgence un accroissement des cotisations obligatoires et une intervention de l’État.

Aux Etats-Unis, ce sont des annonces multiples d’augmentation des contributions et de diminution des versements qui sont émises à un rythme croissant . Et c’est seulement dans les semaines à venir que nombre de fonds vont pouvoir faire réellement le décompte de ce qu’ils ont perdu .

Beaucoup s’illusionnent encore sur leur capacité à reconstituer leur capital à l’occasion d’une prochaine sortie de crise. En Mars 2009, quand gestionnaires de fonds de pension, retraités et gouvernements vont simultanément prendre conscience que la crise va durer, qu’elle va coïncider avec l’arrivée massive des « baby-boomers » à la retraite et que les bourses ont peu de chance de retrouver avant de longues années leurs niveaux de 2007, le chaos va s’installer dans ce secteur et les gouvernements vont se rapprocher de plus en plus de l’obligation d’intervenir pour nationaliser tous ces fonds. L’Argentine, qui a pris cette décision il y a quelques mois apparaîtra alors comme un précurseur." (12) Quant aux conséquences qu'auront ces fonds de pension sur l'économie future : "Les fonds de pension ont largement investi dans des actifs toxiques hasardeux et ont de ce fait perdu des sommes faramineuses dans la crise qui secoue actuellement la planète. Selon le Congressional Budget Office (CBO), les fonds auraient perdu au total 2 000 milliards de dollars en quinze mois (20 % de leur valeur). Les célèbres CalPERS(13) et CalSTRS,(14)

Quant aux conséquences qu'auront ces fonds de pension sur l'économie future : "Les fonds de pension ont largement investi dans des actifs toxiques hasardeux et ont de ce fait perdu des sommes faramineuses dans la crise qui secoue actuellement la planète. Selon le Congressional Budget Office (CBO), les fonds auraient perdu au total 2 000 milliards de dollars en quinze mois (20 % de leur valeur). Les célèbres CalPERS et CalSTRS, dédiés au financement des retraites des fonctionnaires et professeurs de Californie, ont fondu de 26 % et 10 % depuis fin juin. Cette déroute des fonds de pension aura une dimension humaine dramatique puisqu’elle correspond à l’arrivée à la retraite de la première vague des baby-boomers aux Etats-Unis, en Europe et au Japon : les revenus des fonds de pension s’effondrent au moment même où ils doivent commencer à effectuer leur première grande série de versements aux retraités." Revenons sur les pertes subies depuis 1 an et demi par les fonds de pension : supposons que les fonds de pension représentaient avant 2007 environ 30% des fonds en bourse : la perte ( en capitalisation ) serait dès maintenant de l'ordre de : capital total = 31300 milliards dollars. Pertes en bourse : 18000 milliards. pertes des fonds de pension (30% placés en bourse ) : 5400 milliards ... S'il n'y a que 20% placés en fonds de pension cela fera tout de même 3600 milliards ! On voit à quel niveau va se situer une dette abbyssale ( pertes des subprimes et des fonds spéculatifs à quoi il faut ajouter la perte énorme subie par les salariés partant en retraite ...) Ainsi la seule question qui se pose aujourd'hui à l'ordre capitaliste c'est de savoir qui va payer.

Or les capitalistes le savent très bien : les pauvres, comme d'habitude !

 

 

Notes, chapitre 1

 

 

 

(1) Mais bien entendu tous les "économistes sérieux" se sont bien gardés jusqu'en octobre 2008 de penser à la crise de 1929 : nous allons voir cependant que cette dernière est largement dépassée par la crise qui se développe sous nos yeux.

(2) Nous verrons plus loin que toujours ( dans toutes les crises ), sans aucune exception, cela commence par une crise financière (dégonflement et éclatement de la bulle financière), suivie d'une crise bancaire, puis d'une crise industrielle et commerciale.

(3) Ce chiffre est-il inférieur à la réalité? On ne le sait . Cependant il existe des éléments montrant comment au fil du temps on est passé ( en dix huit mois) de 150 milliards à 4.000 milliards.

(4) Gardons au moins, de Jacques Attali, un seul élément positif : il a vu juste sur la comparaison avec la crise de 1929.

(5) AIG est fondé en 1919 . La Réserve fédérale des États-Unis autorise, le 16 septembre 2008, sa branche new-yorkaise à lui accorder un prêt de 85 milliards de dollars américains pour le sauver d'une faillite assurée. Le prêt-relais garanti porte sur deux ans et prévoit une prise de participation du gouvernement à hauteur de 79,9% du capital. En échange, AIG apporte en garantie l'ensemble de ses actifs et de ses filiales. Cet apport devrait lui permettre de poursuivre ses activités en faisant face à ses obligations qui avaient gonflé depuis que les grandes agences de notation avaient dégradé sa note le 14 septembre 2008.

En échange du prêt, le gouvernement fédéral américain s'est octroyé le droit d'effectuer des remplacements au sein de la direction d'AIG, droit qu'il a exercé dès le 17 septembre en nommant Edward Liddy, responsable du département des assurances de l'État de New York, à la tête d'AIG en lieu et place de Robert B. Willumstad (qui venait à peine d'être nommé) . Le gouvernement fédéral américain détient également un droit de veto sur le versement de dividendes aux actionnaires. ( en mars 2009 on a vu que ce droit n'existait absolument pas !) AIG devrait être ensuite progressivement démantelé afin de rembourser le prêt consenti par la Fed, ce qui incitent certains analystes à parler de faillite contrôlée.

Au début d'octobre 2008, manquant de liquidités, AIG a demandé à la Fed un montant additionnel de 38 milliards USD pour maintenir ses opérations courantes. Aujourd'hui AIG a coûté (en février 2009 - et ce n'est pas fini - ) 180 milliards de dollars au gouvernement américain ! Aux côtés de Fannie Mae, Freddie Mac, et Lehman Brothers, AIG fait l'objet d'enquêtes par le FBI.

(6) supposons 10000000 de petits épargnants. Montant moyen de l'épargne par déposant 3000 euros : cela représente un dépôt total de 300 milliards d'euros pour les banques, net de tout intérêt! Je n'ai vu aucun journaliste s'emparer d'une telle nouvelle et de montrer son caractère frauduleux .

(7) Dans son livre récent sur la crise ( La grande crise du XXI ème - La découverte - mars 2009 ) - au demeurant excellent - Isaac Joshua prétend que la crise de surproduction n’est pas une crise de « sous-consommation » : si on prend en compte l’ensemble du système capitaliste ( mondial ) et non une partie, c’est bien une crise de sous – consommation.

(8) Il se déroule en Islande un phénomène incroyable : un gouvernement conservateur associé à des socialistes "bon teints" qui s'avèrent dans l'incapacité totale de sortir ce pays de l'ornière dans laquelle il se trouve ! Les manifestations de rue ( les premières depuis une soixantaine d'années ) se déroulent tous les jours depuis le mois d'octobre: et depuis le milieu janvier ce sont les lycéens qui sont en tête des manifestants ! en avril le gouvernement au pouvoir depuis 25 ans a été renversé au profit des "Verts" et du parti socialiste : nous allons voir maintenant ce qui va se passer.

(9) La crise belge gouvernementale survenue en décembre 2008 a rendu la situation de Dexia un peu trouble.

(10) Peu de mois après que soit publié cet article on a vu les prix mondiaux ( et notamment ceux des matières premières ) baisser : c'est tout à fait logique, étant donné que ces produits entrent dans les matières premières qui constituent une part du Capital constant .

 

(11) Le LEAP/ 2020 est un laboratoire d’analyse économiques qui publie un grand nombre d’informations sur la crise (dès 2006) qui tranchent avec l’optimisme dont font preuve les économistes traditionnels : à lire absolument !

 

 

(12) Cristina Kirchner Présidente de l'Argentine a décidé en octobre 2008 de changer totalement la méthode de paiement des retraites : elle passera désormais par la méthode de répartition ( en abandonnant la méthode de capitalisation ) :

" Les fonds de pension ont spéculé en Bourse, ou sur la dette publique (sur laquelle l'État a fait défaut en 2001), et leurs frais de gestion exorbitants ont réduit les pensions. Surtout, le système a abouti à une formidable hypocrisie : des 9,5 millions de cotisants théoriques, seuls 3,6 millions font des apports réguliers. Les autres n'en ont pas les moyens et dépendent finalement de l'État pour obtenir une pension minimale... Saluée par les syndicats, la décision de Cristina Kirchner répond donc à une ancienne revendication sociale..." ( Le Figaro octobre 2008 )

(13) Voici l'extrait d'un article publié sur Internet par " ça me dérange " en octobre 2005: " Il m'a donc semblé intéressant de vous dire quels sont les objectifs et les performances du fond de pension le plus célèbre et le plus performant  au monde, CalPERS, fond de pension des employés de Californie. CalPERs gère les fonds déposés par leurs assurés pour un montant global de 190 Milliards de Dollars qu'il investit dans un cocktail d'actions, d'obligations, d'un peu d'immobilier et de liquidités. Gestion prudente et sur le long terme puisque les fonds versés le sont à échéance  d'une carrière, mais néanmoins efficace puisque, dans une évaluation d'un organisme indépendant des 134 fonds de pension américains, CalPERS a été classé comme le plus performant sur les 5 dernières années... CalPERS verse annuellement 7.6 miliards de dollars à ses retraités.

Mais ce qui me parait le plus intéressant c'est que CalPERS place ses fonds en respectant une charte d'Éthique et de Bonne Gouvernance. Pour mériter un investissement de CalPERS , il faut que les sociétés respectent la loi Sarbanes-Oxley américaine très contraignante ... ( On remarquera - en passant - que cette loi "très contraignante" n'a pas empêché Monsieur Madoff de pratiquer ses escroqueries !)

 

(14) calSTRS : 2ème fonds de pension américain gérant 126 milliards de dollars, valeur nov. 2008 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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