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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 11:38
 

Richard Neuville, commission internationale des Alternatifs


Richard Neuville a animé le débat sur l'autogestion de l'assemblée générale des  ATS
Nous publions son intervention.

 

L’Amérique Latine est probablement le principal foyer de résistance à la mondialisation capitaliste. Elle est également, à bien des égards, un lieu d’innovation politique et sociale. La résistance au modèle de domination de l’Empire se traduit sous deux formes : d’un coté, par la désignation de nouveaux pouvoirs qui se situent en rupture avec la logique libérale et qui interrogent clairement les formes d’institutions et la démocratie formelle et, de l’autre, par l’émergence et le renforcement des mouvements sociaux qui posent, entre autres, la question de l’appropriation sociale. Loin d’être opposables, ces deux formes sont complémentaires. En effet, dans plusieurs pays, l’accumulation de forces des mouvements sociaux a permis des changements de gouvernements ou de faire pression sur les pouvoirs en place.

 

Au niveau institutionnel, à peine élus les dirigeants élus au Venezuela, en Bolivie et en Equateur ont convoqué des assemblées constituantes pour changer leurs constitutions respectives et réformer fondamentalement les institutions en instaurant formellement la démocratie participative. Dans le cas du Venezuela, la mise en place de plus de 18 000 conseils communaux (avril 2007) et des instances de contrôle populaire sur les programmes et les fonds publics sont les formes les plus visibles de ces changements. Il existe une véritable ré-appropriation de la politique par le peuple qui se traduit au quotidien par une plus grande implication des classes populaires dans la décision et la gestion des programmes sociaux mais aussi au niveau du taux de participation lors des consultations électorales.

 

Après la crise argentine de décembre 2001, le mouvement de récupération des entreprises est venu rappeler que l’appropriation sociale des moyens des productions est depuis longtemps un objectif du mouvement ouvrier. Ce mouvement impulsé par des travailleurs victimes de la spéculation a pris des formes diverses et reste encore limité mais il a permis de rappeler qu’une alternative est possible. Il existe également un mouvement d’ampleur au Brésil, qui est antérieur au processus argentin. Au Venezuela, le gouvernement bolivarien a largement contribué au développement des 100 000 coopératives et au nouveau modèle de cogestion de grandes entreprises récupérées en légiférant dans ce sens. La coordination des mouvements de récupération des entreprises au niveau latino-américain permet de renforcer cette ré-appropriation de la production et de développer les échanges entre-elles. (1ère rencontre en octobre 2005 à Caracas)

 

Pour les autogestionnaires, l’Amérique latine est, bel et bien, devenue un laboratoire social. Les expériences sont diverses : tantôt impulsées par les pouvoirs, tantôt par les mouvements sociaux. Les formes d’organisation des principaux mouvements sociaux que sont le mouvement des sans-terre au Brésil, la CONAIE (mouvement indigène) en Equateur, les piqueteros (mouvements des sans travail) en Argentine se situent bien souvent en rupture avec les formes de luttes traditionnelles du mouvement ouvrier et sont les lieux d’élaboration et de mise en œuvre de nouvelles pratiques sociales qui privilégient la démocratie active et l’émancipation.

 

Compte tenu du temps que nous est alloué, je me limiterai mon exposé à une analyse comparée à deux pays qui présentent des caractéristiques bien différentes : L’Argentine et le Venezuela.

 

- Pour le 1er : les expériences ont été impulsées par les mouvements sociaux et la base.

 

- Pour le 2nd : l’Etat joue un rôle essentiel pour impulser les instances de concertation et de décision même s’il y a des luttes à la base.

 

I. L’Argentine :

 

L’élément déclencheur a été la crise financière de décembre 2001 après 4 années de dépression (politiques de « financiarisation » de Menem et De la Rua). Cette crise a provoqué une révolte populaire et l’émergence de nouvelles formes de lutte et de résistance : les Assemblées populaires et la récupération des entreprises par les travailleurs et le renforcement des mouvements de « piqueteros ».

 

Le mouvement de récupérations d’entreprises par les travailleurs :

D’abord le résultat de fermetures d’entreprises du secteur industriel liées à la crise économique mais surtout dues à des gestions frauduleuses.

Le phénomène de récupération se produit avant la fermeture ou la crise terminale et consiste à poursuivre l’activité de l’entreprise sous la forme d’autogestion ouvrière.

Entre 1995 et 2002, des milliers d’entreprises ont fermé leurs portes entraînant la perte de centaines de milliers d’emplois. Cette insécurité a entraîné le désespoir et à partir de 2001, des milliers de travailleurs ont décidé d’occuper leurs usines et de résister aux tentatives d’expulsions pour gérer la production. Il s’agit donc d’un processus pragmatique. C’est la crise du capital qui a déplacé l’axe de la lutte.

Les travailleurs défendent l’outil de travail par l’occupation matérielle des entreprises dans le but de redémarrer plus tard le processus de production sous une forme de gestion directe. Ils entendent imposer leur décision avant l’application d’une décision de justice : la déclaration de faillites et ensuite l’expropriation de l’entreprise.

« Occuper – Résister – Produire »

Eduardo Lucita de l’EMI observe des changements importants dans ces expériences : d’un coté, la subversion dans la prise de contrôle des entreprises par l’organisation ouvrière et, de l’autre, le coté défensif dans l’instinct de survie pour défendre la source de travail et nourrir son foyer.

Mais les changements dans les relations sociales :

- Récupération des valeurs démocratiques

- Capacité collective d’innovation

- Eradication du despotisme patronal

- Humanisation des relations de production.

 

La majorité des entreprises sous gestion ouvrière ont stabilisé leur situation au niveau juridique et économique, hormis Zanon, l’hôtel Bauen et Renacer qui n’ont pas obtenu de lois d’expropriation mais qui continuent à lutter.

Zanon en est une illustration. Au moment de l’occupation, elle avait 260 travailleurs, aujourd’hui elle a 450 travailleurs.

 

Entre 2001 et 2003, il s’est créé 180 entreprises sous gestion directe avec plus de 15 000 travailleurs organisés en coopératives. Un certain nombre ont intégré une activité culturelle à l’activité productive : centres culturels, cantines populaires, bibliothèques, centres de formation professionnelle, etc.

 

Un rapport de 2005 de l’Université de Buenos-Aires a analysé les caractéristiques de ces entreprises (reprendre quelques données)

 

II. Le Venezuela

La constitution adoptée en 1999 a instauré la démocratie participative (préambule et de nombreux articles). Elle prévoit la « participation du peuple dans la formation, l’exécution et le contrôle de la gestion publique » et la participation des travailleurs à la gestion des entreprises publiques (art. 184.5). Elle préconise en outre la gestion d’entreprises sous forme coopérative et d’entreprises communautaires de service pour favoriser l’emploi. (Art. 184.5)

Après le coup d’Etat d’avril 2002, le gouvernement a développé les programmes sociaux, « las misiones »en s’appuyant sur des volontaires pour contourner la bureaucratie d’Etat et sur des citoyens pour assurer la gestion. Création des conseils de gestion : santé, éducation, eau potable, logement.

 

Venezuela : moins d’1 millier de coopératives en 1999 à plus de 100 000 en janvier 2006. Développement endogène

(fortement dépendante des marchés publics)

Une rencontre organisée en octobre 2005 a rassemblé des représentants de 209 entreprises de 7 pays différents, elle a permis de confronter les expériences et de développer les échanges.

 

Entreprises nationalisées sous contrôle ouvrier « cogestion » SIDOR, INVEPAL, ALCASA

 

Loi d’avril 2006 : instauration des conseils communaux vers un « pouvoir dual », un pouvoir populaire : 18 000 conseils.

Un conseil regroupe 200 à 400 familles en zones urbaines, 20 en milieu rural et 10 dans les régions indigènes.

Ils sont élus pour 2 ans.

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Published by psu-ats - dans BULLETIN DU CA
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