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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 14:22

 

 

De la social-démocratie au social-libéralisme (Bernard Ravenel)

 

On peut remonter à John Stuart Mill, économiste et philosophe anglais du 19è, espérant concilier libéralisme économique (dont il est le chantre) et justice sociale.

 

Son instauration naît des crises du modèle social-démocrate. Suite à la crise de 1929, la social-démocratie avait intégré un keynésianisme fondé sur l’accumulation et la croissance, conjuguées à une répartition plus égalitaire de leurs fruits.

En 1945, grâce à un rapport de forces favorable, le monde du travail impose l'Etat social ou l'Etat providence (Welfare state). Ce modèle réussit à assurer le plein-emploi et la hausse des salaires, à instaurer des droits sociaux (la Sécu!) et un pouvoir syndical. Il y a un certain équilibre entre croissance du capital (modèle tayloriste-fordiste) et croissance du travail. Le conflit se présente comme moteur, activant le développement économique, « bien commun » que le prolétariat avait intérêt à s'approprier pour mieux le répartir

La baisse des profits due en particulier aux salaires élevés grâce à la mobilisation syndicale (cf 68) provoque une contre-offensive libérale (économique, sociale, idéologique...) s’appuyant sur les rencontres de la Trilatérale (organisation de dirigeants politiques et patronaux d’Europe d’Amérique et du Japon).

Elle débouche sur l’expérience Chilienne après le coup d’état de 73, où les « Chicago boys » de Milton Friedman imposent une économie capitaliste libérale. Il s’agit de rétablir le pouvoir patronal.

Ce phénomène culmine dans les années 80 avec Thatcher et Reagan, alors que la « gauche » arrive au pouvoir en France.

 

Face à cette offensive, le PS français coincé par l'environnement néo-libéral ne résiste pas et cède en 1983 en restant dans le système européen qui impose les lois du marché. Mitterrand applique alors un nouveau compromis au rabais : acceptation des règles du marché contre mesures sociales (CSG, début de RTT, lois Auroux). Mais le chômage persiste.

 

Ce compromis éclate dans les années 90. Le modèle est en crise sous l’effet des mutations technologiques qui permettent au patronat de bouleverser le marché du travail par le chômage, de la mondialisation de l’économie, du ralentissement de la croissance qui pèse sur le financement public des protections sociales.

Il y a une rupture d'équilibre des forces entre partenaires sociaux, au profit des détenteurs privés du pouvoir économique et au détriment des salariés et de l'Etat. En outre on ne peut plus contrebalancer les forces du marché dans le cadre national

 

Dans ce contexte, au Royaume Uni, le « New Labour » assume le virage libéral. Toni Blair au pouvoir ne remet pas en cause les contre-réformes de Thatcher. En Allemagne Schroder emprunte le même chemin. C'est la « Troisième voie ».

En France, le PS assume un recul du compromis social. On en est au « compromis défensif » qui n'empêche pas l'explosion des inégalités, la précarisation du travail, la réduction du niveau de protection sociale et la multiplication des travailleurs pauvres. Devant cette situation, ce qui reste de la social-démocratie se partage entre trois options :

  • la gauche social-démocrate s’accroche au modèle productif ancien,
  • les sociaux-libéraux pensent obtenir des garanties sociales en échange d’une plus grande libéralisation de l’économie
  • d’autres prônent un néo-keynésianisme à l’échelle du continent, dans une construction européenne qui serait le cadre d'une nouvelle politique économique, source d’ un nouvel Etat protecteur, de droits nouveaux, d’une démocratie sociale et participative, d’une transition énergétique écologique, vers un autre modèle économique et social non productiviste, vers une autre civilisation...et un autre rapport Nord-Sud...

En l'état aucune force de gauche n'est en état de penser et d'initier cette perspective alternative au social-libéralisme.

De fait le social-libéralisme finit par se réduire à un pur libéralisme.

 

Social libéralisme et libéralisme. (Benjamin Coriat)

 

La question de fond qui traverse la pensée économique est la suivante : le marché est-il auto-régulateur ?

Les libéraux pensent que oui et qu’il faut laisser le marché sans entrave réglementaire. C’est lui qui permettra la meilleure allocation des ressources et la meilleure répartition des revenus.

Les sociaux-démocrates pensent l’inverse.

Pour Keynes le marché n’est pas régulateur. De leurs côté, Bismarck en Allemagne à la fin du 19e siècle, Beveridge en Angleterre après la seconde guerre, instaurent un état social.

 

Dans les faits, l’état néo-libéral est très interventionniste. Il réglemente à tour de bras pour donner toute sa puissance au Marché. Sur la question de la crise écologique par exemple, les libéraux veulent supprimer les contraintes à l’exploitation des gaz de schiste plutôt que de pratiquer une politique active de conversion énergétique.

La social démocratie elle, mène des politiques industrielles et des politiques de redistribution sociale.

Pour Hayek et la société du Mont Pèlerin (réunissant les économistes libéraux depuis la seconde guerre mondiale), le marché n’est pas parfait mais c’est un moindre mal par rapport à l’intervention de l’Etat : faire contre le Marché c’est pire que de le laisser faire. Pour eux, la déréglementation est la solution pour sortir de la crise du fordisme.

Face à cette pensée, c’est actuellement le désert idéologique chez les sociaux-démocrates. D’autant que la libre concurrence s’est avérée indispensable pour parvenir rapidement à unifier l’Europe. Mais dans leur discours, cela ne devait être qu’un passage provisoire, le temps de cette construction.

Dans les faits, Jospin finit d’insérer la France dans l’économie et la finance mondialisées, mais avec un dernier filet de protection sociale, qui finit par disparaître avec Hollande et Valls Ces derniers font toute confiance aux entreprises pour trouver les bonnes solutions. C’est donc l’ajustement par le Travail qu’ils vont privilégier.

 

Une attaque des protections sociales (Cécile Drilleau)

La relation entre salarié-es et patrons est inégalitaire. Le droit du travail s’est construit sur ce constat en encadrant la liberté d’entreprendre afin de rééquilibrer cette relation. C’est le sens des lois prises dès le milieu du 19e siècle limitant le temps de travail (certes dans le but de contenir les revendications ouvrières) ou de celle sur la négociation collective votée dès 1910 aboutissant en 1954 à la législation sur les conventions collectives, ou encore la reconnaissance du fait syndical et de la représentation du personnel dans l’entreprise (CE, Délégués Syndicaux, CHSCT…).

 

Il y a toujours eu des dérogations en droit du travail permettant de restreindre les droits des salariés mais ce quinquennat a clairement réalisé un véritable travail de sape pour démolir cette législation qui a été entrepris pour libérer la concurrence entre les entreprises :

  • en inversant la hiérarchie des normes : le principe de « faveur » faisait qu’on appliquait toujours le texte le plus favorable au salarié. La loi Travail continue à l’inverse de développer les cas de la primauté de l’accord d’entreprise vis-à-vis de l’accord de branche[1], même s’il est moins favorable que ce dernier.
  • en valorisant la « négociation à la base », plus fictive que réelle. Aujourd’hui, 10% des entreprises éligibles à ce système ont des accords d’entreprise : de fait il n’y a pas de négociation, faute de syndicats, en raison de la discrimination syndicale que subissent les militants
  • en matière de durée du travail : en facilitant le travail du dimanche, en augmentant la durée du travail maximale hebdomadaire moyenne, en décomptant du temps de travail sur une durée pouvant atteindre trois ans, ce qui permet de ne plus majorer le paiement des heures supplémentaires, etc

 

Les femmes sont particulièrement touchées, car elles travaillent dans des secteurs défavorisés, déjà mal payés, aux horaires atypiques, à forte proportion de temps partiels et de précarité et qui plus est peu syndiqué. Toucher aux heures supplémentaires et à l’organisation du temps de travail, c’est toucher à des éléments essentiels de leurs conditions de vie et de travail.

 

Enfin, ce quinquennat a continué à réduire le poids des institutions intervenant dans la relation de travail :

  • En encadrant et en professionnalisant les conseils des Prud’hommes, ce qui délégitime le rôle des juges non- professionnels
 

[1] Limité pour l’instant à quelques domaines

  • En réduisant les effectifs de l’inspection du travail, en touchant à son indépendance et mettant en place des processus de dépénalisation du droit du travail (« les patrons ne sont pas des délinquants »)
  • En réduisant la présence de la médecine du travail et en lui demandant d’assurer pour l’employeur la sélection médicale des salariés, et non plus d’intervenir pour que les conditions de travail qui s’améliorent pour que les salariés puissent continuer à travailler.

 

Le social libéralisme glisse-t-il vers un libéralisme autoritaire ? (Dominique Noguères)

Nous vivons actuellement une période qui remet en cause le vivre ensemble et la solidarité.

Le libéralisme, pour pouvoir se maintenir, a besoin d’utiliser la force et de prôner un autoritarisme fort en cassant les solidarités et en prônant l’individualisme sous couvert d’une plus grande liberté d’action.

Nous le voyons aujourd’hui par les diverses mesures qui sont prises et par les attaques sans précédents qui touchent les syndicalistes.

La réforme du Code du travail en est la parfaite illustration en permettant ainsi aux patrons de gérer leur entreprise sans avoir le sentiment d’être entravés par des règles protectrices des salariés.

La répression policière et judiciaire qui s’est déployée en 2016 a eu pour but de maintenir ceux qui protestaient sous pression afin de faire taire toute contestation.

L’état d’urgence ne vise pas seulement ceux qui enfreignent la loi, mais englobe aussi ceux qui contestent.

Face à cette vague répressive, il faut réinventer un projet de société et cesser de faire croire que le libéralisme c’est la liberté.

 

 

Débat avec la salle

 

Le social-libéralisme ne se réduit-il pas en fait à un simple libéralisme ? Les orateurs et oratrices sont unanimes à reconnaître que le caractère social est avant tout fictif et que nous vivons en fait un pur et simple libéralisme.

L’importance des différentes crises sociale (écologie, travail, solidarité internationale, états-nations) est abordée. Le droit de propriété face à tous les autres droits est exacerbé. La répression devient indispensable pour mettre hors d’état de nuire ceux qui s’y opposent. Tout juste tolère-t-on des sociétés parallèles en marge qui ne remettent pas en cause le système.

Un participant fait même le rapprochement entre la situation actuelle et le social-colonialisme instauré par la SFIO dans les colonies et contre le quel le PSU s’est créé.

 

Conclusions des orateurs-trices

 

Benjamin Coriat résume ainsi la crise du libéralisme : il échoue par la désagrégation sociale, le chômage de masse, les crises majeures à répétition. De plus il n’arrive pas à être totalement hégémonique. L’usage de la force lui est donc indispensable.

Bernard Ravenel rappelle que c’est bien par la répression féroce des syndicats que le modèle s’est imposé : Thatcher a liquidé le syndicat des mineurs et Reagan a commencé sa présidence en licenciant les contrôleurs aériens en grève.

 

Face à cette crise, nous dit Dominique Noguères, nous devons nous réapproprier la politique quand les institutions actuelles nous en empêchent.

Pour Benjamin Coriat, il faut mettre en avant les biens communs : l’eau, l’air, les ressources naturelles appartiennent à toute l’humanité. Plutôt que de parler de fin du travail, il souligne l’existence de zones grises du travail, de secteurs économiques et de classes sociales marquées par l’absence de travail.

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