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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 17:41

Intervenants et intervenantes :

Michel Buisson, agroéconomiste, auteur de « Conquérir la souveraineté alimentaire »,

Marc Dufumier, agronome et auteur de « Cinquante idées reçues sur l'agriculture et l'alimentation »

Claude Girod, responsable pour l’Europe du groupe de travail "commerce" de La Via Campesina

Claire TAUTY, présidente du réseau des AMAP de Picardie.

Michel Buisson rappelle la définition issue de la déclaration de Nyéléni de La Via Campesina

« … la Souveraineté alimentaire est le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l'aide de méthodes durables et respectueuses de l'environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. …»

Puis le débat se déroule en deux temps.

1. La situation

Sécurité alimentaire

En trente ans, le nombre de sous-alimentés ou de mal-nourrits n’a pas baissé dans le monde et reste autour d’un milliard, même si l’ONU se targue d’un succès en pourcentage de la population mondiale. La malnutrition augmente même dans les pays du nord comme la France.

Pourtant on a de quoi nourrir la population mondiale.

Un individu a besoin de 200 kcals par jour alors qu’on en produit 330 par jour. La différence correspond au gaspillage provoqué par le système, à l’usage industriel des végétaux (pour faire du carburant par exemple) et l’excès de la consommation de viande.

La faute du système

Le système agricole et alimentaire mondial se caractérise par le pillage des ressources du sud. Il est fondé sur des accords de libre-échange favorables aux sociétés transnationales et à l’agriculture industrielle des pays du nord. En Europe même, la politique agricole commune favorise les grosses exploitations.

La liberté des marchés favorise la spéculation sur les denrées.

La question de l’accès à la terre est un enjeu pour les populations paysannes du sud (notamment les « sans terre ») face à l’accaparement des terres par les grandes entreprises ou/et certains pays.

Claire Tauty indique que même en France, il est difficile d’y accéder quand on n’est pas « héritier » d’autant que l’usage non agricole des terres restreint les surfaces disponibles. Les communes et donc des citoyens ont un rôle important à jouer pour éviter le mitage du territoire.

Nourrir demain

Le monde devra répondre à deux défis.

Celui, d’abord, de faire vivre une population nombreuse de paysans au sud qui ne pourra, comme ce fut le cas dans l’hémisphère nord dans des conditions effroyables au 19è siècle, se reconvertir en ville. Il s’agit de les retenir à la terre pour éviter un désastre social et écologique.

Celui ensuite de l’appauvrissement des sols et du patrimoine végétal et animal lié à l’exploitation industrielle.

Pollutions et sélection génétique ont en effet entraîné la raréfaction des variétés cultivées.

En amont la production d ‘engrais et la sélection/fourniture des semences et en aval l’agro-industrie, tout concourt à la standardisation des productions et la fragilisation des éco-systèmes.

Face à ces défis, il est crucial de promouvoir une agriculture paysanne, respectueuse des populations et de la nature. C’est le contraire de la tendance actuelle.

2. Quelles solutions ?

Une autre agriculture

Marc Dufumier plaide pour le retour à une polyculture et à des méthodes peu consommatrices d’intrants.

La solution aux algues vertes par exemple ne se trouve pas dans la méthanisation industrielle des déjections porcines. La diversification des cultures permet de transformer naturellement l’azote et le carbone en humus et de capter le méthane et le gaz carbonique dans le sol, tout en évitant le recours à des engrais chimiques.

Cela nécessite de rompre avec l’agriculture industrielle.

Une autre alimentation

Claire TAUTY insiste sur le rôle des circuits courts.

Les AMAP construisent des liens avec le monde paysan. L’aide alimentaire (ici et au sud) doit s’appuyer sur une autre façon de produire, transformer, distribuer et consommer.

La santé est liée à nos modes d’alimentation. C’est à travers un travail social fondé sur l’éducation à une autre alimentation que l’on doit aborder la question.

L’entrée des acteurs commerciaux dans les circuits courts a été évoquée. Est-elle condamnable ou permet-elle de promouvoir une autre alimentation? N’est-ce pas faire entrer le loup dans la bergerie ?

D’autres règles

Marc Dufumier propose trois pistes :

  • remettre des droits de douane sur les importations de soja qui sont à la source de l’élevage industriel
  • rémunérer les agriculteurs bio pour la protection de l’environnement et l’économie de matières premières
  • redistribuer les aides agricoles vers la consommation de produits bio dans la restauration collective

Ce dernier point soulève débat.

Claude Girod craint que cela ne revienne à subventionner Sodexho, Avenance et autres grosses entreprises capitalistes ? Pour elle, s’il faut des subventions, elles doivent aller aux paysans et pas aux terres, car il faut des paysans nombreux (refus du modèle américain qui s’impose en Europe).

Elle revendique la reconnaissance du travail des femmes en agriculture et de celui des immigrés employés dans des entreprises agricoles. C’est un point d’opposition entre le modèle de la FNSEA qui siège avec le patronat lors des négociations sociales (ce syndicat est membre du MEDEF) et celui de La Confédération Paysanne qui siège quant à elle avec les salariés.

Michel Buisson préconise d’établir au niveau de l’ONU un droit international reconnaissant la souveraineté alimentaire des peuples, justifiant le recours aux droits de douane pour protéger leur modèle agricole et condamnant le dumping sous forme d’aides directes ou indirectes aux exportations du Nord.

Claire TAUTY défend le fait d’encourager des logiques de relocalisation des filières agricoles en lien avec des actions de développement.

Créer un mouvement social

Les intervenants et intervenantes convergent sur la nécessité de créer un mouvement social capable de porter ces changements.

Michel Buisson parle de construire une unité populaire entre paysans, travailleurs et consommateurs

Claude Girod insiste sur l’importance des expériences locales qui ont valeur d’exemple devant l’opinion et face aux pouvoirs publics. Elles font le lien entre local et global.

Claire TAUTY cite l’exemple du programme européen « Hungry of rights » (« Faim de droits ») en faveur des systèmes alimentaires alternatifs, qui forme des animateurs locaux dans le but d’qui vont interpeller les acteurs et de créer un conseil local alimentaire.

Le terme de souveraineté alimentaire étant peu compréhensible par les gens, dans cette recherche d’unité, il faut lui préférer, au niveau local, celui d’autonomie (réappropriation des décisions sur l'agriculture et sur l’alimentation du territoire)et ne l’utiliser que pour les échanges dans les milieux « avertis » et à propos des niveaux international et national.

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